LIBRAIRIE PLON
E. PLON, NOURRIT et G'% IMPRIMEURS-ÉDITEURS
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Pq
pri:face
A cette heure d'indiscrétions personnelles, où ce qui intéresse le plus particulièrement le public est ce qui ne le regarde pas. — je crois pouvoir écarter un tant soit peu les feuilles du paravent japonais qui remplace aujourd'Iiui le mur de la vie privée,. — et me présenter à mon lecteur pour lui parler de moi.
Ami lecteur, je puis vous nommer mon ami, car vous m'êtes fidèle depuis tantôt douze ans, et nous avons toujours été, je Tespère, parfaitement heureux ensemble. Vous n'êtes pas, mon ami lecteur, une connaissance de rencontre, comme celles qu'on faisait autrefois dans les
u PREFACE.
omnibus; — je dis autrefois, car, à présent, on est devenu tellement comme il faut, qu'on ne se demande même plus pardon quand on marche sur les pieds les uns des autr.es, à moins qu'on n'ait été présenté.
Non, ami lecteur, nous ne sommes pas de simples connaissances : si vous lisez ceci, c'est parce que vous avez lu autre chose. Les bouquinistes, sur les quais, m'ont confié qu'ils ont rarement affaire âmes volumes, parce que vous les conservez, ami lecteur, après les avoir lus. Vous les mettez sur une planche spéciale dans votre bibliothèque, et tout en trouvant peut-être que le nombre s'en accroît beaucoup, par une contradiction en définitive toute naturelle, quand je suis quelque temps sans vous en présenter un nouveau, vous trouvez que je me dérange.
C'est pourquoi je vous offre aujourd'hui quelques petites pièces pas méchantes que vous voudrez peut-être jouer en famille ou avec vos amis, sans frais ni décors; en même temps, j'ai voulu vous raconter en peu de mots coniment il arrive qu'un romancier fasse des pièces en un acte. J'ai dû pour cela vous parler de moi, — le moins possible; si cela vous ennuie, nous ne recommencerons pas, et si cela vous amuse...
PREFAGi:.
VOUS m'aurez pardonné l'usage du moi haïssable, dont j'espère n'avoir pas trop abusé.
C'était en 1874; j'avais un gros bagage de pièces en trois, quatre et cinq actes, en prose et en vers. — et pas mal de romans en portefeuille, mais je n'avais encore pu ni faire imprimer une ligne ni faire représenter le moindre alexandrin. Le théâtre de la Tour d'Auvergne rouvrait ses portes avec une direction toute neuve, des artistes frais engagés, des peintures rafraîchies et des intentions absolument littéraires. Je ne me rappelle plus par suite de quelles circonstances je fus priée de faire un prologue en vers pour cette petite fête. Un prologue en vers, déclamé devant la critique parisienne ! Le cœur me battait bien fort : je fis mon prologue, qui obtint quelque succès; M. âe Banville voulut bien en reproduire quelques vers dans un feuilleton du lundi suivant, et la direction, enthou-
IV PREFACK.
siasmée. tout en refusant avec fermeté de me jouer une pièce de quelque importance, me demanda un acte en prose., V écrivis A la campa q ne je le fis copier et le remis dans les mains du directeur.
.le m"étonnais de ne pas avoir encore \vcn de hulietin de répétitions, lorsqu'un jour, vers deux heures de l'après-midi, je reçus une lettre. On m'envoûtait tout un service, loge, fauteuils d'orchestre et de lialcon. pour la première représentation, qui devait avoir lieu le soir même.
M. Durand-Gréville courut au théâtre... on avait ouhlié de me prévenir, tout simplement ! Je ferai quelque jour un monologue avec Télal d'esprit d'un auteur auquel arrive parcilli' aventure ! Mais est-ce jamais arrivé à d'autres ;'
3Ialgré mes dispositions naturelles à me méfier de ridée si répandue et au fond flatteuse : ces choses-là n'arrivent qu'à moi!— je ne puis m"imaginer qu'il y ait beaucoup d'auteurs qu'on ait oublié d'inviter à suivre lesrépétitionsde leur pièce.
On donnait A la camparpie le soir même, ce n'était que trop posytif, — et l'on avait aussi oublié d'inviter la critique : — mais tout se passait f'n Ciiuiillcà la Tour fl'Auvergne! N'avait-on pas