‹ Comédies de paraventChapitre 11 sur 72 · SCÈNE V CHARLES, PLUMASSARD · texte numérisé non relu

SCÈNE V CHARLES, PLUMASSARD

PLUMASSARD s'approche doucement de son fils et lui frappe sur l'épaule.

Il y en a trois de taillés, des rosiers. Eh! Charles, comme te voilà rêveur! Penses-tu à tes amours?

CHAULES tressailli' et se remet sur-le-champ. Précisément, mon père.

PLLM.VSSARD.

Ah! mon gaillard! conte-moi ça... je n'en dirai rien à ta mère, hein?

CHARLES, après un petit temps.

Tiens-tu heaucoup à être le heau-papa de mademoiselle Vertuchon?

PLUMASSARD.

Ah! Dieu, non! C'est une idée de ta mère. Pour moi, veux-tu que je te dise? je ne peux pas souffrir ces gens-là.

CHARLES

Ni moi non plus; alors, c'est tout jugé... Faisons une croix dessus et n'en parlons plus.

PLUMASSARD.

Moi, je ne demande pas mieux. Ta mère résistera peut-être un peu : au fond, je crois qu'elle ne les aime pas mieux que moi, mais il suffit que nous n'en voulions plus, pour qu'elle y tienne; — enfin, mauvais sujet, il y a donc quelque amourette sous jeu, que tu ne veux pas te marier? Gredin, va!

CFL\RLES, sérieux.

Ce n'est pas une amourette, mon père, c'est un mariage.

PLUMASSARD.

Un mariage? C'est plus dangereux.

CHARLES,, très-sérieux, un peu emphatique. Peut-être, — à bien y penser, mon père, une amourette n'est jamais quelque chose de bien honorable...

PLUMASSARD, riant.

Oh! oh! Sur quoi as-tu marché pendant que je jardinais là-bas? C'est à l'orchestre de l'Opéra qu'on vous enseigne ces phrases-là? Mutin! CHARLES, de son ton ordinaire, riant.

Non, père, mais^ vois-tu, je me suis dit qu'il valait mieux me marier jeune, honnêtement, comme toi, et vivre en famille.

PLUMASSARD.

Tu as, parbleu! bien raison. Mais qui veux-tu épouser? Un mariage, c'est pour la vie.

CHARLES

Précisément; aussi me suis-je dit que je choisirais une femme sérieuse, diligente, artiste, enfin, parce que, au bout du compte, la musique, c'est ma vie, et qu'il faut bien pouvoir parler à sa femme de ce qu'on a dans le cœur.

PLUMASSARD, ihmi.

Tu as raison, tu as raison. Mais où trouveras-tu une femme pareille? Ce ne sont pas

nos filles de commerçantes qui ressemblent ù ce portrait-là!

CHARLES

Je l'ai trouvée, mon père... mais tu vas pousser les hauts cris !

PLUMASSARD, méfiant.

A ton j^ge, on se trompe.

CHARLES

Vous la connaissez... Elle n'a qu'un défaut.

PLUMASSARD.

Lequel?

CHARLES

Elle est pauvre.

PLUMASSARD, après un petit temps.

Pour moi, ça ne veut rien dire du tout. Pour ta mère, je ne sais pas.

CHARLES se jette à son cou.

Tu consens donc, mon cher père?

PLUALVssARD, le Calmant.

Tout beau, tout beau, attends, il faut bien savoir qui c'est !

C'est Louise.

PLUMASSARD.

Louise? Louise est musicienne?

CHARLES

Je crois bien. Est-ce que vous ne l'aviez pas entendu dire?

PLUMASSAUD.

Qui diable nous l'aurait dit, puisque nous ne voyons que le facteur et le garde champêtre!... C'est bien singulier, et ce qui m'étonne le plus, c'est qu'elle n'en ait jamais parlé.

CHARLES

Est-ce qu'elle se vante jamais?

PLUMASSARD.

Mais toi, comment Tas-tu su?

CHARLES

En écoutant aux portes. Eh bien, père, tu consens?

PLU.MASSARD

Louise n'est qu'une ouvrière.

CHARLES

Est-ce que nous ne sommes pas des épiciers? Ma mère était ouvrière quand tu l'as épousée, et ni toi, ni moi, ne l'aimons moins pour cela.

Oui, oui, mais c'est précisément ce qui rendra la chose plus difficile.

CHARLES

Mais toi, mon père chéri, est-ce que tu ne veux pas?

PLUMASSARD.

On verra, on verra... Laisse-moi en causer avec ta mère.

CHARLES

D'abord, si je ne l'épouse pas, je resterai garçon, et, sur mes vieux jours, je me marierai avec ma cuisinière.

PLUMASSARD.

Ta, ta, ta! Va donc! Tu m'ennuies! Ce n'est pas à moi qu'il faut dire cela, c'est à ta mère, pour l'influencer. Tiens, je l'entends qui rentre. Va-t'en n'importe où^ qu'elle ne te voie pas cette figure-là, car elle demandera ce qu'il y a, et elle dira non au premier mot.

CHARLES

Tu parleras pour moi, n'est-ce pas?

PLUMASSARD, k poussant.

Mais va donc, enragé bavard ! Il va faire tout manquer. {Charles sor^.) Louise, — c'est drôle, j'y avais pensé! L'avoir toujours dans la maison, si douce, si tranquille, si adroite... (// se gratte Voveille.) Ça ne va pas être commode... Voilà la bourgeoise, allons-y.

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