‹ Comédies de paraventChapitre 14 sur 72 · SCÈNE VIU · texte numérisé non relu

SCÈNE VIU

Les mêmes, LOUISE.

LOUISE

Que désirez-vous, madame?

Louise, mon fds vous aime et veut vous épouser.

LOUISE, tremblante.

Je comprends, madame. J'aurais dû lui défendre de vous dire... je m'en vais... {Elle veut sortir.)

PLUMASSARD.

Bon lia voilà qui s'en va, à présent ! Mais non, Louisette!

MADAME PLUMASSARD.

Oui. Louise, nous voulons bien, à moins que vous ne vouliez pas; mais cela ne se peut pas. CHARLES, vivement.

N'est-ce pas, Louise, il est impossible que vous me refusiez; vous ne pouvez pas avoir l'Ame si orgueilleuse... Ah! vous pleurez? Louise, ma chère femme!

(Plumassard se mouche.)

MADAME PLU.MASSARD, étHUe.

Embrassez-moi, ma fille. Nous ferons un sort à vos petites sœurs, nous les mettrons en apprentissage.

LOUISE, vivement.

En apprentissage, loin de moi? Madame, cela ne se peut pas, j'ai promis à ma mère de ne jamais les quitter.

MADAME PLUMASSARD, Contrariée.

Comment ! vous ne voulez pas qu'on leur fasse du bien, qu'on leur enseigne un état honorable? LOUISE, avec douceur.

Pardon, madame, je sens que vous me trouvez ingrate. — En effet, — un jeune homme comme 31, Charles ne peut pas épouser une fille pauvre chargée de famille et de devoirs. . . Quand il m'a dit qu'il m'aimait et que vous consentiriez, j'ai eu un moment d'éblouissement... J'en suis punie, je m'en vais. (Charles essaye île la retenir, elle détourne la tête et plie son ouvrage dans la corbeille.)

MADAME PLUMASSARD.

Mais c'est de la folie! Pourquoi ne voulezvous pas qu'on mette les petites en apprentissage ? (Louise secoue la tête tristement sans répondre.)

PLUMAssARD, gmve. tirant sa femme à part. Je le sais, moi : elle a raison. Si notre fille avait vécu, l'aurais-tu mise en apprentissage? MADAME PLUMASSARD, vivement.

Xotre fille? par exemple !

PLUMASSARD.

Eh bien, alors? {Madame Plumassanl baisse la tête.)

CHARLES, désespéré.

Père, elle s'en va, elle ne veut pas m'entendre. Je Taime, moi! Retenez-la, dites-lui quelque chose ! (// essaye d'attirer Louise, qui résiste.) MADAME PLUMASSARD, après lui moment d'hésitation.

On ne peut pourtant épouser trois femmes au lieu d'une!

PLUMASSARD, très-grave.

Elle te l'a dit elle-même tout à l'heure... il n'y a qu'une chose à faire, elle la fait, elle s'en va ! CHARLES, désespéré, se laisse tomber sur une chaise.

Eouise! Louise! ah! vous n'avez pas de cœur, vous ne m'aimez pas !

LOUISE, défaillante.

Je vous aime, monsieur Charles, mais mon devoir passe avant mon amour. (Elle veut passer.)

MADAME PLU.MAssARD. Se jetant au-devGut d'elle.

Restez, Louise, avec les petites, et tout.

LOUISE

Madame, je ne veux être à charge à personne. Je ne puis.

MADA.ME PLUMASSARD.

Mais c'est qu'elle est orgueilleuse, vraiment! Allons, méchante fille, votre main! {EUeVamène de force vers son fils.) Charles, tu la corrigeras. (A Plumassard à part.) Nous ne serons plus si riches, mon ami.

PLUMASSARD.

Il y a hien un moyen d'arranger tout.

MADAME PLUMASSARD.

Voyons.

PLUMASS.\RD.

Ce pauvre Quivel... puisqu'il le demande... si nous reprenions la boutique?... non, le magasin !

MADAME PLUMASSARD.

Sais-tu que j'y pense depuis ce matin? mais j'avais crié si fort : « Je ne veux pas ! » que j'étais honteuse de t'en parler... Eh bien, enfants, ètesvous contents?

LOUISE

Ah! madame...

MADAME PLUMASSARD.

Il est cinq heures, allez chercher les petites

et amenez-les ici, nous dînerons tous ensemble.

PLUMASSARD.

Si nous venons à bout de trouver de quoi dîner.

CHARLES, regardant à droite.

Voilà Caroline qui rentre.

MADAME PLUMASSARD.

Eh bien, nous dînerons sur les neuf heures du soir. En attendant, Charles, va faire un tour avec Louise, tu en meurs d'envie, et ça fera enrager les voisins. Drôle d'idée, tout de même, que nous avons eue de vivre à la campagne ! n'est-ce pas, Charles?

CHARLES

La campagne? n'en disons pas de mal, puisque j'y ai trouvé une bonne petite femme... et deux grandes fdles toutes venues. Le proverbe a raison de dire qu'on trouve le bonheur aux champs.

M.VDAME PLUMASSARD.

Oui, à condition de l'emporter en ville ! Et toi, Plumassard, qu'en dis-tu?

PLUMASSARD.

lié! hé ! C'est amusant de tailler ses rosiers;

mais, bah! j'en emporterai un pour le tailler tout à mon aise, sur la fenêtre de notre chambre ! Allons, c'est dit, nous rentrons dans les affaires! CHARLES, à Louise.

Et nous, nous entrerons en ménage. . . Louise.. . (Il remmène lentement.)

Rideau.

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