‹ Comédies de paraventChapitre 33 sur 72 · SCÈNE II MAYRAN, STÉPHANIE · texte numérisé non relu

SCÈNE II MAYRAN, STÉPHANIE

STÉPHAJyiE.

Un étranger! Pardon, monsieur, comment se fait-il?...

MAYIt.VN.

Bonjour, ma tante.

STÉPHANIE, surprise.

Ma tante!,..

MAYRAN

Vous n'êtes pas très-bien gardée... Il n'y a qu'un chien...

STÉlMIAXHi:.

Ma tante? Cette plaisanterie n'est pas de trèsbon goût, monsieur : voudriez-vous me dire...

MAYHAX.

Edouard Mayran, votre neveu, ma tante, —

par alliance. — qui revient du Tonkin et se met à vos pieds.

STÉPHANIE

Comment, c'est vous? Je ne vous aurais pas reconnu! En effet, pourtant... mais vous avez coupé votre barbe !

iM.VYR.W.

En vieillissant!... L'âge a ses exigences : il faut bien paraître plus jeune à mesure qu'on l'est moins!.. Et... votre santé est bonne, ma tante?

STÉPHANIE

Je vous remercie... J'ai éprouvé un grand chagrin depuis que... depuis votre départ.

MAYRAN

Un chagrin! Lequel?

STÉPHANIE

Mais celui de perdre, il y a un an, mon mari, le meilleur des hommes. N'en étiez-vous pas informé?

MAYRAN

Si fait, si fait! mon pauvre oncle! J'ai appris cette triste nouvelle en route, il y a trois mois, et, aussitôt arrivé en France, je me suis hâté de venir ici pour...

STÉPH.\NIE.

Pourquoi?

MAYRAN

Pour VOUS voir... Je sais aussi que mon oncle m'a déshérité, en vous instituant sa légataire universelle. II a fort bien fait! Je n'ai jamais su employer mon argent, tandis que vous... Mais je ne crois pas qu'il ait eu l'intention de me refuser toute marque de souvenir.

Bien loin de là! Je voulais précisément vous écrire à ce sujet.

MAYRAN

Vraiment? Je suis heureux de vous avoir épargné cette peine. Je voulais vous demander quelque bagatelle qui ait appartenu à mon oncle, un portrait, n'importe quoi... Il a été pour moi un véritable père, — et je crains de lui avoir causé du chagrin...

STKIPIIANIE.

Ce n'est que trop vrai!... Il est facile de vous satisfaire, monsieur...

MAYRAN

Pardon... je vous appelle « ma tante! » STÉPH.\NiE, souriant avec une nuance de condescendance.

Soit... mon neveu. Mais à ce que je prévois, notre conversation sera longue : est-il néces-

saire {lui montrant son sac) que vous conserviez à la main ce petit objet?

MAYRAN

Non, sans doute, ma tante. {Il dépose le sac à terre.)

STÉPHANIE

Mais du tout, du tout!

MAYRAN

Il faut le reprendre?

Pas davantage. Vous me restez bien vingtquatre heures, d'autant plus que la voiture qui vous a amené dans ce pays perdu ne repasse que demain.

MAYRAN

Je suis complètement à votre disposition, ma tante. Alors, veuillez m'indiquer un endroit où je puisse déposer ce petit meuble.

STÉPHANIE, souriant.

Moi, c'est impossible... Qui vous a fait entrer?

MAYRAN

Personne! Un chien, — un très-gros chien, ■ — a voulu m'en empêcher.

STÉPH.\>'IE.

Et le portier?

MAYRAX.

Je n'ai vu que le chien.

STÉPH.\>;iE, riant.

Voilà comme on est servi! Vous avez dû rencontrer du monde sur la route?

MAYRAX.

Une véritable fourmilière.

STÉPHANIE

C'est cela! Ils sont tous allés à la fèfe du village : j'avais prié mon portier et ma femme de chambre de rester; mais je viens de m'apercevoir que celle-ci était partie; il paraît que l'autre...

MAYRAN

S'est fait remplacer par le chien !

STKIMIA.ME.

Il faut donc que vous soyez votre propre guide... Allez par là, vous trouverez un grand corridor, à gauche, avec une demi-douzaine de chambres : il y en a de toutes les couleurs. Choisissez la nuance qui vous conviendra, installez-vous, et revenez me trouver. J'ai bien des choses à vous dire. (Mai/ran s'incline et sort.)

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