‹ Comédies de paraventChapitre 37 sur 72 · SCÈNE VI STÉPHANIE, MAYRAN · texte numérisé non relu

SCÈNE VI STÉPHANIE, MAYRAN

Tout à l'heure, monsieur, je me suis laissé entraîner et peut-être ai-je outre-passé les intentions de votre oncle. Ce qu'il voulait, c'est que votre conduite envers lui fût digne de son affection; en ce qui me concerne, je ne puis exiger autre chose que l'observation des bienséances...

MAYRAx, riuti'rromjKOit.

Si vous saviez, madame, combien ces questions d'intérêt me sont indifférentes ! Je dirai plus : cette fortune, je ne puis ni ne veux l'accepter.

STÉPHANIE

Mais je ne puis, monsieur, ni ne veux la garder.

MAYRAX.

Oui me prouve que cela n'est pas une fiction de votre cœur généreux qui s'afflige de me voir... comment dirai-je?... privé...

STÉPHANIE, lui tendant le papier.

Votre oncle avait prévu l'objection : tenez, monsieur.

MAYRAX, le lui rendant après l'avoir lu. Il n'y a plus rien à dire, — mais je puis toujours refuser.

STÉPHANIE

Non, monsieur, vous ne le pouvez pas sans me blesser profondément.

MAYRAN, vivement.

Dieu sait qu'une telle pensée est loin de mon cœur! Si je pouvais...

STÉPHANIE l'examine un instant et s'assied. Alors, pour terminer cette affaire, — ditesmoi, mon neveu, pourquoi vous avez quitté si brusquement la France? Ce point éclairci, nous serons les meilleurs amis du monde, si vous le voulez bien.

MAYRAN

Si je le veux! Moi qui... Eh bien, non, maintenant je ne puis plus vous le dire.

STÉPHANIE

Maintenant? Vous le pouviez donc autrefois?

MAYRAN

Autrefois? Pas davantage. Il y a eu un mo-

IIG MA TANTE.

ment... il est passé,. — n'en parlons plus, je vous en prie...

STÉPH.\NIE.

Pourquoi?

MAYRAX.

Parce que... Eh bien, non, je ne peux pas non plus vous dire pourquoi.

STÉPH.\>IE.

Si c'est une plaisanterie...

MAYRAN

Oh ! madame!

STÉPH.\NIE .

Mais enfin, qu'est-ce que cela veut dire? Il y a cinq ans, j'entre dans la famille, vous vous enfuj-ez... Est-ce de la haine?

MAYRAx, triste.

Si c'eût été de la haine, je pouvais bien rester là-bas; — vous ne seriez pas venue m'y chercher.

STÉPIIAMK.

Alors, pourquoi ce mystère? Je n'y comprends rien! Vous arrivez, je vous reçois, — je vous reçois même très-bien, convenez-en, — la première chose que vous me dites...

MAYRAN, simplement.

C'est que je veux me marier.

STÉPHAME.

Précisément ! (Se reprenant.) Je veux vous rendre ce qui vous est dû, — vous le refusez, et de quelle façon !

MAYUAN.

Si je vous ai offensée, c'est à genoux que je

vous demanderai pardon. (// veut plier le genou.)

STÉPHANIE, calmée.

Ce n'est pas la peine. — Mais enfin , monsieur,

pourquoi étes-vous venu? Que voulez-vous

savoir de moi ?

MAYRAX, stupéfait.

Gomment, c'est moi qui veux savoir?...

STÉPHANIE

Certainement! Sans cela, pourquoi seriez-vous venu?

MAYRAN, s'inclinant, après un silence.

C'est juste.

STÉPHANIE

Dites-le enfin, qu'on le sache!

MAYIUN.

Vous voulez que je vous dise...

STÉPH.\XIE.

Oui, je veux savoir, — et j'en ai le droit, — pourquoi vous êtes parti et pourquoi vous êtes revenu.

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