‹ Comédies de paraventChapitre 36 sur 72 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MAYRAN, seul.

MAYRAN

Son argent!... J'en ai bien que faire! Ce qui est triste, c'est que je l'ai fùcbée pour tout de

bon. J'ai été trop loin. Mais pouvais-je me douter que l'idée de mon mariage la mettrait si fort en colère?... Au fait, pourquoi cela la met-elle en colère?... {Ilregarde au fond.) Disparue! je ne peux pourtant pas aller la chercher dans son appartement !... Que faut-il faire? M'en retourner en Gochinchine, tout de suite?... A pied, puisque la voiture ne repasse que demain? — Non, il y a trop loin. {Il s'assied.) Qu'elle est charmante! Bien plus charmante qu'il y a cinq ans ! C'était une jeune fdle aimable, c'est une femme, une vraie femme... M'en voilà plus épris que jamais! C'était bien la peine de venir de si loin, pour me faire mettre à la porte! Mon ami Mayran, ou tu n'as pas de chance, ou tu n'es qu'un sot. Comment! tu as le bonheur d'avoir pour tante la femme que tu aimes, — sans qu'elle soit ta tante, comme elle te l'a très-bien dit; tu peux te faire apprécier, tout doucement, et dès la première heure, tu trouves moyen de te faire renvoyer par la femme et déshériter par la tante! Au diable l'héritage! Mais elle... je ne puis la quitter sur cette impression. Je vais lui écrire. (// s'assied et écrit.) Chère tante... Non... Madame, je suis au désespoir de la méprise... Non, si je lui dis qu'elle s'est trompée, elle ne me le par-

donnera jamais. (// déchire sa lettre et recommence.) Madame, une imprudente plaisanterie... Ce n'est pas cela, elle croirait que je me suis moqué d'elle. {Même jeu.) .Je vous proteste, Madame, que mon intention n'est pas de me marier. (// se /èy?.) Qu'est-ce que je veux alors? Je ne sais plus ce que je dis ! (// se rassied et recommence.) Je vous ai toujours aimée : il y a cinq ans je suis parti parce que... (// se lève avec colère.) Impossible! impossible! Elle ne me croira plus ! Il fallait lui dire cela en entrant, avant de savoir qu'elle tenait ma fortune dans ses mains! A présent, j'aurais l'air... (Il reste un instant immobile.) Allons, retourne en Cochinchine, mon ami, pars de ton pied léger, — et ne t'avise plus d'aimer personne; — cela ne te réussit pas, {Un temps.) Partir comme cela ? La laisser fâchée, sans qu'elle se doute seulement combien je l'ai aimée?... Bah! faiblesse! Allons. (// se dirige vers le fond. Stéphanie entre, un papier à la main.)

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