‹ Comédies de paraventChapitre 5 sur 72 · PREFACE. XI · texte numérisé non relu

PREFACE. XI

une nuance de regret, si je n'avais pas pensé à quelque sujetpourcettepièce, qui n'était pas faite.

Si Fait, j'y avais pensé, mais écrire! avec cette cruelle névralgie , et sans avoir seulement déjeuné! Cependant, avec de bonnes paroles et des encouragements judicieux, on parvient parfois à convaincre même une névralgisante : je me mis à écrire, me couvrant l'œil d'une main; — par bonheur c'était l'œil gauche; — mon mari copiait les feuillets au fur et à mesure. Après deux ou trois heures de ce travail, je déclarai que j'avais trop mal à la tête, et que j'y renonçais. Je me jetai sur le lit. essayant sinon de dormir, au moins d'engourdir mon mal : tout à coup, un rire étouffé me fit retourner. Qu'y avait-il? — C'est que c'est si drôle! dit mon mari par manière d'excuse, en continuant de copier.

Cette flatterie délicate me rendit la vie, et je terminai le petit acte, sans trop savoir ce que j'écrivais, après quoi, je fus me coucher et je restai malade trois jours.

A ma grande stupéfaction, avant la fin de la semaine nous avions appris que les Cloches cassées étaient reçues et seraient représentées en novembre. J'en fus absolument consternée. Jouée à l'Odéon, une pièce écrite avec un œil seulement.

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pas relue, à peine pensée! Il me faudrait les deux yeux du .directeur pour la revoir et la rendre digne du second Théâtre-Français.

Enfin, j'avais d'abord à voir cet homme hienfaisant, de qui j'attendais les leçons de l'expérience, et puis, j'aurais les répétitions...

Convoquée pour la lecture aux artistes, le 11 novembre 1877, je me préparais à subir toute espèce de mortifications. — et je les acceptais d'avance avec l'humilité d'une débutante désireuse d'apprendre son métier...

— C'est très-bien comme cela, me dit M. Duquesnel avec une extrême bonne grâce : il y a là seulement un mot inutile, voyez vous-même.

Le mot était inutile, un coup de crayon l'enleva. La lecture se fit au milieu d'une bienveillance universelle.

— Pourtant, me disais-je. il y aurait bien des petites choses à reprendre, à corriger, à perfectionner. . . Nous arrangerons cela aux répétitions.

Quatre heures après, je me cassai la jambe en deux endroits, dans rescalier de la petite maison que nous habitions alors, au fond d'un jardin... Ingrat escalier, oii j'avais posé moi-même le tapis, avec tant de soin, pour éviter des accidents aux autres !

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Les rcpélitions n'en suivirent pas moins leur cours, et la représentation eut lieu sans moi. Tout cela le plus agréablement du monde ; mais je n'acquis rien de cette expérience quo donne la scène, et ma pièce resta Tembi-yon (ju'elle était.

■le fus quatre mois sans sortir: au bout de ce temps ma bluette avait, on le pense bien, disparu de raffiche, de sorte que je n'ai jamais vu les Cloches cassées.

Bien que Pierrot ermite ne ligure point dans ce petit volume, ayant été imprimé à part il y a onze ans, je ne puis le passer sous silence dans cette nomenclature, carde toutes mes pièces en un acte, c'est elle qui m'a donné le plus de plaisir. Faire des vers est une joie en soi ; les faire k loisir, en suivant le rhythme qui se chante en dedans de vous-même, y mettre toute la fantaisie que comportela comédie italienne, traduite en mœurs bien françaises, — c'est imiter M. de Banville, me dira-t-on !

Imiter, non, car il est inimitable, étant tellement lui-même que le plagiat est impossible; mais c'est, grâce à la voie qu'il a ouverte, suivre un chemin bien amusant, où Ton ne rencontre

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que des fleurs, — à l'inverse des autres chemins de la vie.

J'ai donc écrit Pierrot ermite avec un plaisir sans mélange. A peine était-il terminé que M. Ballande annonçait l'ouverture du troisième Théâtre-Français. Ma petite pièce aussitôt présentée fut reçue, puis jouée devant un public chaleureux et sympathique. C'est un dos plus aima blés souvenirs de ma carrière, et je compte bien vivre assez pour me donner Toccasion de le renouveler, s'il est possible. Pierrot ermite, quoique dans une note un peu plus vive, n'est pas plus diflicile à représenter entre soi que les pièces de ce volume.

Voilà rhistoire de ces petites pièces, — celles du moins qui ont une histoire: elle n'est pas très-encourageante, mais il n'est pas nécessaire d'encourager à faire du théâtre les gens qui ont l'épiderme sensible. Faire des pièces est une innocente manie : vouloir les faire jouer est peut-être une faiblesse. Si l'on était parfait, et surtout très-logique, on ne ferait pas de pièces; mais alors, comment jouerait-on la comédie de société?

Jouez donc mes pièces, amis lecteurs, soyez à

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la fois mes acteurs et mon pul)lic, ce cher public dont je n'ai jamais eu qu'à me louer et que j'aime comme il m'aime.

Surtout, n'allez pas vousimaginer que jesois dégoûtée du théâtre et que j'y renonce; au contraire, sans préjudice de tous les romans que j'ai encore à vous conter, c'est là que je vous dis : Au revoir.

Henry Gréville.

l'ahs, i>9 mars ISSS.

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