‹ Comédies de paraventChapitre 51 sur 72 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

3IADA.ME VÉRA, seule, puis MARIETTE.

MAD.UIE VÉRA.

Eh bien, il est joli, le général ! Une fille qu'il rencontre dans les bois, on ne sait où, et voilà qu'il lui fait une conférence sur le divorce... Qu'il coure après, s'il y tient tant, à sa prisonnière...; je vais lui faire une belle réception, à ce preux, à ce chevalier, qui ùte sa capote, — et qui n'aura pas seulement un rhume de cerveau ! Ah ! le ciel n'est pas juste ! {Mariette entre.) Te voilà déjà?

MAïUKTTE, regardant par la fenêtre.

J'ai confié la prisonnière au soin du caporal Dimitri. Je vous assure, madame, qu'il n'a pas bu du tout, il marche droit comme un I, il la conduit de l'autre coté du ravin... elle lui

donne sa bourse... Oh! il ne marchera pas si droit demain... {Elle redescend. )Ei]ii voilàpartie, hop! en croupe des johes moustaches noires. MAD.VME vÉRA, uvcc liumeur.

Quelles moustaches noires ?

MARIETTE

Son amoureux, qui l'attendait là en face ! Vous ne l'aviez pas vu ? Je mourais de peur que quelque imbécile de sentinelle ne lui envoyât une balle sans crier gare...

MADAME VÉRA

Elle avait son amoureux là? Et le général, qu'est-ce qu'elle en faisait, alors?

C'est une fable, madame, un... comment appelle-t-elle ça? Un apologue oriental, qu'elle m'a dit de vous conter pour vous amuser,

MADAME VÉRA

Un apologue?

MARIETTE

Oui, madame; il paraît qu'il y avait une fois un oiseau qu'on avait mis en cage, et il avait beau prier son maître de lui ouvrir la porte, celui-là n'y voulait rien entendre. Le captif se mit à lui donner des coups de bec. Alors, impatienté, le maître ouvrit la cage pour s'en débar-

rasser, et l'oiseau s'envola sans lui dire merci. Il n'avait pas besoin de le remercier, n'est-ce pas, puisque l'autre était content de se débarrasser de lui ?

MADAME vÉRA, apvès ri'flexion.

Mariette, vous êtes une impertinente! Allez faire votre malle, vous retournez à Paris!

MARIETTE. câli)ie.

Eh ! ma bonne maîtresse, vous fàcherez-vous pour si peu ? Mettez-vous à la place de ces jeunes gens. On a bien le droit d'aimer son mari ! Seulement, qu'est-ce que le général va dire, de savoir l'oiseau envolé?

MADAME VÉRA, vadieuse.

Le général ! C'est lui qui mêle payera!

MARIETTE

Mais puisqu'il est sans reproche ?

MADAME VÉRA

Raison de plus !

Rideau.

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