‹ Comédies de paraventChapitre 66 sur 72 · SCÈNE PREMIÈRE ANNETTE, JACQUES · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE ANNETTE, JACQUES

.AjVNette, tirmit Jacques par la main.

Entre donc, grand bèta, il n'y a personne! on ne te mangera pas !

JACQUES

C'est que ta maîtresse n'a pas l'air commode, Annette...

ANXETTE.

Elle te fait peur?

JACQUES

Mais oui!

ANXETTE, hanssant les épaules.

Un homme! si ra n'est pas honteux! Comment lui feras-tu ta demande, alors, si tu as peur?

JAfiQUES.

Je ne la ferai point ! C'est toi qui parleras!

ANKETTE.

Eh bien, et toi?

JACQUES

Moi, j'approuverai (faisant signe de la tète) comme ça! Et puis, à la fin, quand tu auras tout dit, je dirai de même.

ANNETTE, le regardant d'un air dédaigneux.

C'est comme ça que tu te montres? Elle aura belle idée de toi! Tu veux donc qu'on dise que, dans notre ménage, c'est moi qui porte les culottes?

JACQUES

Oh! que non! Quand nous serons mariés, je reprendrai mes droits : c'est pour en arriver au mariage. Ta maîtresse, vois-tu, Annette, c'est une bien brave femme, oh ! je ne dis pas le contraire ! mais c'est une maîtresse femme aussi, — et — faut pas qu'on la contrarie...

ANiNETTE.

Eh bien, tu aimes qu'on te contrarie, toi?

JACQUES

Je ne dis pas ça...

AJNNETTE, entre ses dents.

Tu fais bien...

JACQUES

De quoi?

AXNETTE.

De ne pas te vanter de ton Jjon caractère, — toi, vois-tu, mon Jacques, je t'aime bien, mais tu es têtu comme une vieille bourrique!

JACQUES

Qu'est-ce que ça fait, puisque je suis entêté pour t'aimer, et pour t'épouser,... car toi, sans reproche, tu ne tiens pas à moi autant que je tiens à toi!

AX.XETTE.

Tu te trompes, Jacques! Je tiens à toi... beaucoup! plus que tu ne mérites, peut-être !

JACQUES

Tu ne me trouves pas joli garçon, dis?

AjS'NETTE.

Il ne s'agit pas de ça! quand je te dis que je tiens à toi!

JACQUES

Tu n'étais pas bien voulante pourtant, quand je t'ai proposé le mariage...

ANiNETTE.

Si, j'étais voulante, mais j'avais peur défaire de la peine à madame. Elle est si bonne. . . pense donc! Elle m'a prise toute petite, toute bote,

à la queue de mes vaches! Qu'est-ce que je savais quand je suis entrée ici? Faire de l'herbe pour les bêtes et donner à boire aux veaux! Elle m'a appris tout, tout! à repasser, à coudre, à faire le service, tout... Et puis voilà que pour me marier, je vais la planter là...

JACQUES, piqué.

Si tu le regrettes, faut le dire, — il n'y a encore rien de fait !

AJVNETTE, le poussant d'un air de commisération.

Va! tu es béte, mon pauvre Jacques ! Si je te prenais au mot?

JACQUES, toujours piqué.

Faut pas te gêner ! Des fdles à marier, on en trouve.

ANNETTE, le tirant par le bras et le forçant à la

regarder.

Comme moi?

JACQUES, désarmé, souriant.

Non, pas comme toi, bien sûr! Allons, baisemoi. (// tend la joue.)

ANNETTE, le repoussant.

Eh bien, il ne manquerait plus que ça I Veuxtu bien te taire! Voilà madame qui vient, fais bonne mine.

Page 1