MADAME, ANNETTE, JACQUES
MADAME, sans voir Jacques.
Annette, j'ai laissé mon livre dans ma chambre... va me le chercher.
Oui, madame, tout de suite. {Elle reste immobile.)
MADAME
Eh bien ? {Elle la regarde et aperçoit Jacques.) Ah! c'est vous, mon' garçon? bonjour.
JACQUES, la saluant.
Bonjour, madame. (vl Annette, bas.) Parle donc, toi!
Madame...
MADAME
Qu'est-ce qu'il y a donc? que voulez-vous, Jacques? Pourquoi ètes-vous venu?
JACQUES, poussant Annette.
Mais va donc!
ANNETTE, embarrossée.
Madame, c'est que... {Madame la regarde.)\h\
madame, vous avez été si bonne pour moi ! rame fend le cœur! (Elle pleure.)
JACQUES, la tirant par son tablier.
Mais ça n'est pas ça qu'il faut lui dire! Si tu crois que ça va la disposer...
MADAME, les regardant tous les deux, et comprenant tout à coup.
Vous voulez vous marier?
JACQUES, à part.
Vlan! Ça y est! (Haut, gracieusement.) Oui, ma bonne dame, vous l'avez deviné, nous voulons nous marier, et alors...
MADAME
Vous êtes jardinier, Jacques?
JACQUES, très-gracieux.
Jardinier maraîcher, madame, pour vous servir, et môme je vous demanderai votre pratique, s'il vous plaît, parce qu'un jeune ménage qui commence... faut l'encourager... pas vrai, Annette? faut l'encourager. {Bas à Annette.) Mais parle donc, c'était convenu que ce serait toi. — Tu ne dis rien... c'est moi qui fais tous les frais.
MADAME, les regardant tous les deux d'un air calme.
C'est sérieux?
JACQUES
Tout ce qu'il y a de plus sérieux, madame. Oh! pour ça... Si ce n'était pas sérieux, je ne me serais pas donné la peine de déranger madame ! (// se rengorge d'un air satisfait.)
MADAME
Quel âge avez- vous?
JACQUES
Vingt-cinq ans, madame, pour vous servir, et pour le jardinage et surtout la culture maraîchère, je ne crains personne...
MADAME, ap7^i'S wi sih'Dce pendant lequel Jacques
devient de plas en plus embarrassé.
Et toi, Annette, quel Age as-tu?
AXXETTE.
Madame le sait bien... j'ai eu dix-neuf ans à la Noël... et nous voici à la Saint-Jean... (Elle roule son tablier dans ses doigts d'un air triste.)
MADAME^ après un silence.
Elle est trop jeune pour se marier; j'en suis fâché, Jacques, mais il faudra attendre.
JACQUES, ennugé, mais faisant l'aimable.
Ohl madame, attendre, cane fait rien, j^ourvu que ça ne soit pas long... j'attendrai bien
quelques... quelques semaines... s'il le faut absolument. — Madame aura bien la bonté d'y mettre du sien...
MADAME
Du mien? Comment cela?
JACQUES
Pour que ça ne dure pas... Nous attendrions bien un mois... oh! oui, un bon mois... pour laisser 1 e temps à madame de trouver quelqu'un . . .
MADAME
Quelqu'un?...
JACQUES
Quelqu'une... si madame préfère, — une jeunesse enfin, pour remplacer Annette. (Mouvement de madame.)
ANNETTE, s'avançaut vers madame les mains jointes. Oh! ma chère maîtresse, pardonnez-lui, il n'est pas méchant^ je vous assure, c'est par bêtise... (Madame s'assied sans parler, en faisant un geste pour indiquer qu'elle ne veut pas en entendre davantage.) Ma bonne maîtresse, écoutez-moi, parlez-moi... (Se tournant vers Jacques.) Va-t'en, toi!
JACQUES
Que je m'en aille?
ÂXNETTE.
Oui, va-t'en!
JACQUES
Mais nous ne sommes pas plus avancés qu'au commencement.
AXXETTE.
Ça ne fait rien, va-t'en.
JACQUES
Mais tu lui parleras? Tu lui diras ce qu'il faut ! Tu n'as pas encore ouvert la bouche; c'est moi qui ai eu tout le mal!
A-VXETTE.
C'est bon, c'est bon, va-t'en, et surtout ne reviens pas. {Ellelo pousse vers la porte de gauche.) JACQUES, se rebiffant.
Gomment, que je ne revienne pas ! je vais rester là dans l'antichambre^ et je reviendrai si je veux, moi !
AXNETTE, le poussant toujours.
C'est entendu, va-t'en tout de même!
jACQUESj sur la porte.
On ne me fait pas marcher, moi ! Ah! mais! (// disparaît, Annette ferme la porte sur lui et redescend.)