‹ Comédies de paraventChapitre 68 sur 72 · SCÈNE III MADAME, ANNETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE III MADAME, ANNETTE

ANNETTE, à gsnoux près de madame, cherchant à lui prendre une mai)).

Madame ma chère maîtresse, regardez-moi, je vous en prie! dites-moi que vous n'êtes pas fâchée...

MADAME,, sa)is la regarder.

Tu m'as fait beaucoup de peine, Annette! Pourquoi ne pas m'en parler toi-môme?

Ma chère madame, pardonnez-moi ! Je savais liien que vous en auriez du chagrin... je voulais attendre, prendre un bon moment, mais Jacques était si pressé... Je lui avais dit de ne pas parler; j'étais sûre qu'il ne dirait que des bêtises! Et puis quand je vous ai vue, je n'ai pas pu trouver une seule parole...

MADAME

Relève-toi. {Annette se relève.) Alors, tu veux te marier?

ANNETTE, Iss jjeux huissês.

C'est Jacques qui m'a demandée...

MADAME

Et tu as consenti?

A condition que vous voudriez bien...

MADAME

Alors si je refusais, tu ne te marierais pas?

ANNETTE, embaiTassée.

C'est-à-dire... je ne me marierais pas... tant que vous n'auriez pas changé d'idée.

MADAME

Et si je n'en changeais pas? (Annrtte baisse la tête.) Ecoute, ma fille, je t'ai prise voilà quatre ans passés, tout ignorante, tout ingande... tu n'avais plus de mère, ta vieille tante te battait; je t'ai gardée près de moi. Tu n'étais pas toujours commode, dans ce temps-là!

Je m'en souviens bien !

MADAME

Je t'ai appris à lire et à écrire. . . tu étais tôtue, tu ne voulais pas, parfois... t'ai-je jamais châtiée ou seulement menacée ?

Oh! madame! Quand vous me disiez d'un air fâché : C'est bien, va-t'en! c'était bien pis que si vous m'aviez battue!

MADAME

J'avais pensé que tu resterais avec moi... pas toujours, non! mais encore quatre ou cinq ans... Je suis vieille, Annette, je suis malade... il faut que je forme une nouvelle femme de chambrera mon âge... penses-y bien ! Trouves-tu que ce soit honnête de ta part? Si j'avais su que tu me quitterais à peine élevée, crois-tu que je me serais donné tant de mal ?

ANNETTE, Ici regardant avec fermeté.

Oui, madame, vous l'auriez fait! Vous m'avez dit bien des fois : Annette, je ne veux que ton bien! Et c'était vrai. Vous l'auriez fait quand même !

MADAME reste pensive. Après un temps.

Tu veux te marier, te mettre dans la misère...

Jacques n'est pas pauvre, et j'ai mes économies... les économies que vous avez faites pour moi, ma bonne maîtresse...

MADAME

Enfin, tu ne vivras pas avec lui aussi bien que tu vis ici, où tuas tout le bien-être imaginable...

Je le sais, ma bonne madame, mais je me suis dit bien des fois que j'étais trop heureuse pour

une fille de ma condition, et que ce serait i3lus juste, plus naturel, de connaître un peu la peine... Il y en a bien qui valent mieux que moi qui ne mangent point de pain blanc... Je suis née paysanne, moi, madame, et j'aime la terre...

MADAME

Mieux que ma maison ?

A.VNETTE.

Pas mieux que vous, madame, mais mieux que votre maison?... peut-être bien ! Je n'aurais jamais épousé un valet de chambre, moi, je n'aime pas ce monde-là! ni monsieur, ni ouvrier, ni paysan, presque pas domestique, ni chair ni poisson, on ne sait pas ce que c'est... et puis c'est un métier de fainéant... Mais un jardinier, ça me va, je comprends cet état-là.

MADAME

C'est l'état que tu aimes et pas le mari?

ANXETTE.

Un peu tous les deux, ma bonne madame; bien sur que je n'aurais pas épousé un jardinier quelconque...

MADAME

Mais il est entêté, ton Jacques.

AKNETTE, SOUricUit.

On tourne autour...

MADAME

Il est un peu bète !

AKNETTE.

Ça, c'est vrai, mais il n'est pas méchant.

MAD.\ME, après un temps.

Enfin, Annette, tu veux l'épouser, et moi, je ne veux pas que tu t'en ailles. Je t'ai servi de mère, tous tes parents sont morts, c'est moi qui les remplace. Quand tu auras vingt et un ans, tu feras ce que tu voudras.

ANJS'ETTE, la tête basse.

Vingt et un ans! Attendre un an et demi...

MADAME, se levant.

D'ailleurs, au fond, tu sais que je n'ai aucun droit sur toi. Tu peux te marier demain si tu y tiens. Seulement, je saurai que j'ai élevé une ingrate! {Elle se dirige vers la porte.)

ANNETTE, frappée au cœur.

Madame, une ingrate, moi?

MADAME

Oui, une ingrate! {Elle sort.)

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