SCÈNE IX
HOGER.
Et monsieur le bourgmestre, me permettrat-il d'offrir ce léger hommage à son noble appétit? (Il lui passe la moitié du pâté.J
JOHANN
Offrez toujours; je suis trop bien appris pour vous rien refuser.
ROGER
A mon tour à présent.
HÉLÈNE
A la bonne heure, vous n'avez plus de distractions, à ce qu'il paraît... Ah ! mes pauvres yeux bleus, comme on vous oublie !
CHARLOTTE
Qui donc a les yeux bleus ?
ROGER
Personne, Charlotte; ne voyez -vous jpas que votre sœur ne s'est jamais regardée dans son miroir et qu'elle me fait à plaisir voyager. dans le pays des songes ?
JOHANN-, dévorant.
Quel vol-au-vent î
CHARLOTTE
Pourquoi vous en défendre? C'est le pays le plus charmant du monde.
ROGER
Et où le placez-vous, ce beau pays des rêves?
CHARLOTTE
Oh î pour moi, pas bien loin : ici même, à Forbacii.
ROGER
C'est singulier ; mais c'est le mien aussi, et maintenant que le hasard m'y a conduit, je ne voudrais en sortir de ma vie.
HÉLÈNE
C'est bien long !
C'est bien court !
JOHANN, sans lever les yeux de son assiette.
Ma foi, c'est bien bon ! fse ravisant) et cet excellent ami a qui nous n'avons rien dit encore... Yoyons, mon vieil Afïenthaler, à toi la parole ! (U débouche une bouteille et verse h la ronde.) Toujours jeune et toujours brillant, malgré ses cinquante ans révolus! Ah î j'ai grand'peur qu'à son âge nous n'ayons plus d'aussi fraîches couleurs!... Oh ! le bon vin ! Quelle belle invention et queNoé était un grand homme ! [Il s'en verse une seconde rasade.)
HÉLÈNE
Prenez garde, Johann ; on n'est jamais trahi que par les siens.
JOHANN
Ne craignez rien; nous sommes d'anciennesconnaissances... A votre santé, mon hôte.