‹ Comedies de paraventChapitre 110 sur 224 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

faire de Johann et de Charlotte... Je suis malade, c'est vrai... mais vous seule pouvez me guérir.

HÉLÈNE

Moi? quelle plaisanterie!... Je n'ai jamais été reçue docteur, que je sache.

C'est possible, et cependant toutes vos railleries ne m'empêcheront pas une minute de plus de vous faire l'aveu qui me brûle les lèvres... Je vous aime, Hélène!

HÉLÈNE, éclatant de rire.

Bien vrai ?

ROGER

Bien vrai !

HÉLÈNE, continuant à rire.

Oh! mon pauvre monsieur Roger !... vous m'aimez, moi? Allons donc!... Et comment vous est venue celte passion subite, s'il vous plaît?

ROGER

Je n'en sais rien... je vous ai vue...

HÉLÈNE

Et je vous ai vaincu... Savez-vous que s'il y avait un mot de vrai dans tout ce que vous me dites, il y aurait de quoi enorgueillir une âme moins modeste que la mienne?

ROGER

C'est pourtant la vérité.

HÉLÈNE

Voyons, raisonnons un peu, monsieur le chasseur... C'est le moment, n'est-ce pas, puisque vous déraisonnez si bien?... Par un beau soir d'automne, le hasard, l'orage, quesais-je, vous obligent à chercher un abri dans une auberge de la forêt Noire... A peine entré, chacun s'y emploie à vous être agréable... Le mari vous donne ses plus beaux habits... l'hôtesse et sa sœur vous préparent leur meilleur souper.,, vous prenez les habits et vous faites honneur au souper... tout semble aller au gré de vos désirs... Lorsque tout à coup vous croyez vous apercevoir que l'hôtesse est jolie... remarquez que je n'affirme rien... A peine avezvous fait cette belle découverte, que vous voilà parti sur lesailes de la fantaisie ; vous vous jurez de compter une victime de plus... et de crainte quelle s'y méprenne et qu'il y ait une minute de perdue, vous allez droit à elle et vous lui dites : Hélène, je vous aime... à peu près du même ton que vous auriez pu lui demander un moment auparavant : xMadame, le souper est-il bientôt servi?... Franchement, est-ce bien sérieux, et pouvez-vous m'en vouloir beaucoup de ne pas me brûler les doigts à votre flamme improvisée?

ROGER

J'en conviens : j'ai mis à vous ouvrir mon cœur trop de promptitude, et si je vous ai offensée...

HÉLÈNE

M'ofFenser! Et pourquoi? parce que vous m'avez

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