‹ Comedies de paraventChapitre 114 sur 224 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

HÉLÈNK.

Je n'en doute pas, et ce n'est pas là ce qui fait ma crainte : je vous crois trop galant et trop brave, pour ne pas me reposer sur vous du soin de mon honneur... Le monde, d'ailleurs, n'apas la méchanceté aussi courageuse ; ce n'est pas en face qu'il vous adressera ses reproches, et il ne viendra jamais à vous à visage découvert ; mais dès notre premier pas, il nous entourera du réseau invisible de ses allusions et de ses réticences... Des mains fines et bien gantées nous jetteront à la dérobée toutes sortes de petites pierres... Peu à peu vous vous en sentirez atteint, sans savoir même d'où le coup sera parti... et un soir, je vous verrairevenir près de moi, triste, découragé, mécontent de vous-même... et vous demandant... tout bas... s'il n'aurait pas mieux valu, pour votre bonheur comme pour le mien, respecter les habitudes reçues et ne pas vous engager dans une lutte inégale avec le monde, cet ennemi d'autant plus dangereux qu'il cache ses perfidies sous l'apparence d'un sourire.

ROGER

Je vous remercie, Hélène; je n'attendais pas moins de votre loyauté. Laissez-moi, à mon tour, vous parler en toute franchise... Vous ne m'avez point persuadé... j'essayerai de ne pas vous convaincre... Cependant, ne vous prononcez, de grâce, que lorsque vous m'aurez entendu. Maître absolu de mon cœur et de ma vie, je puis en disposer, sans que personne y trouve rien à redire... Ce

n*esl donc pas une lutte que j'engage avec le monde../ c'est un penchant que je suis et qui nn'entraîne vers vous, sans que j'aie la force d'y résister ou de le confibattre. En vous parlant tout à l'heure pour la première fois, faut-il vous le dire? je n'ai été frappé que de la grâce et du charme répandus sur toute votre personne... Ah ! je le sens maintenant, c'était mieux qu'un caprice ; c'était un pressentiment... et vous ne pouvez vouloir me punir du bonheur de vous avoir rencontrée!

HÉLÈNE

Pas un mot de plus, monsieurRoger... j'entends du bruit... c'est sans doute Johann et Charlotte qui me cherchent...

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