SCÈNE V
LE DUC
Non, assurément. J'ai depuis longtemps renoncé à porter des fleurs des champs en coiffure.
MISS PAMÉLA
Le bluet est pourtant une charmante fleur ; c'est le symbole de la mélancolie, et les âmes délaissées aiment à trouver dans ses couleurs l'emblème de leurs soufl*rances et de leurs vagues aspirations vers le monde idéal de leurs rêves.
LE DUC
Que de choses dans un bluet, miss Paméla !
LA PRINCESSE
Ne la tourmentez donc pas: ne voyez-vous pas que missVernon est partie pour ce voyage dans le bleu, dont un bon mari pourrait seul la faire revenir?
Oh ! fElle se remet à son ouvrage avec un air de dépit.)
LE DUC
Ce n'est pas bien, princesse ; vous êtes d'un réalisme dont on n'a pas d'idée... en Angleterre.
LA PRINCESSE
Soit ; mais dont les Anglaises s'occupent fort, je vous assure.
LE DUC
En voyage, peut-être ?
LA PRINCESSE
En voyage, je veux bien.... elles voyagent toujours.
LE DUC
Et arrivent-elles quelquefois?
LA PRINCESSE
C'est probable ; sans cela, pourqitoi partiraientelles? C'est leur manière de faire du sport. Tandis que leursfrères et leurs cousins courent au clocher, lancent le renard et pèchent la truite, partout où il y a des clochers, des renards et des. truites, les Anglaises s'abattent par légions partout où fleurissent les célibataires. Pour trouver un mari, rien ne les efTraye et ne leur fait obstacle, et elles iraient au besoin en Chine, si les Chinois n'avaient pas une .préférence ridicule pour les petits pieds... Faute de mieux, elles trottent en Suisse, galopent dans les Pyrénées, chantent en Italie, dansent en France^ jouent en Allemagne, jusqu'au jour où un baron allemand, un marquis italien, ou un Français quelconque, consent enfin à donner un nom et une patrie à ces blondes fiancées de l'univers.
LE DUC
Silence, grand Dieu !... vous allez mettre le feu aux poudres.
LA PRINCESSE
Ne craignez rien. Quand une Anglaise rêve à un mari, ce n'est pas la voix d'une femme qui aurait le pouvoir de la réveiller.