‹ Comedies de paraventChapitre 13 sur 224 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

BALDAUF.

Mais, madame Muller, Siéphan ne m'aime pas ; a quel propos aurait-il pris fait et cause pour moi ?

M™* MULLER

Je n'en sais rien. Ce qu'il y a de certain, c'est que dans ce moment ils s'égorgent tous deux pour vous.

BALDAUF.

Espérons, madame Muller, que Dieu nous préservera d'un tel malheur et qu'il ne voudra pas punir si cruellement Stéphan de son dévouement.

31™^ MULLER

Qui vous parle de Stéphan ? Je vous parle de ma reslauraliou , moi. Que Stéphan ou Arnold soit lue... ou blessé, si vous aimpz mieux ... je n'en suis pas moins une femme ruinée.

Mais je vous le demande, madame Muller, pou vaisje ne pas être offensée des manières d'Arnold ? Si je ne lui avais pas témoigné un certain dépit de ce qui n'était encore qu'une plaisanterie, ne se seraitil pas cru autorisé à de plus vives poursuites , et n'auriez-vous pas eu alors le droit de me blâmer de ma faiblesse? Rappelez-vous les bons conseils que vous m'avez toujours donnés. Lorsque, après la mort de ma mère, vous m'avez recueillie dans votre maison, ne m'avez- vous pas recommandé d'avoir pour tous vos clients la même bonne grâce, mais aussi la même réserve? Ai-je jamais rien fait

18 LA BELLE CHOCOLATIERE.

pour démériter de votre affection, et n'est-ce pas le premier chagrin que je vous cause?

C'est vrai, c'est vrai ; mais..,

BALDAUF.

Mais vous n'avez pas été toujours aussi injuste pour moi. Combien de fois, en comptant la recette de Ja journée, ne m'avez-vous pas dit : « Baldauf, c'est à toi que je dois la prospérité de ma restaurtion : tu as de si bons sourires , de si bonnes paroles pour tous ceux qui viennent ici se reposer de leurs travaux et de leur peines, que tout Vienne ne veut plus entendre parler que du chocolat et de la chocûlalière de M"' MulLer... ? » Puis vous ajoutiez, en m'embrassant sur le front: «Continue, mon enfant, à être affable pour tous, à t'attirer le respect et l'amitié des habitués de ma maison...» J'ai continué, *ma bonne madame Muller, et voici qu'aujourd'hui vous m'adressez comme un reproche d'avoir si bien écouté vos sages enseignements. Ce n'est pas bien... vous me faites de la peine... et je ne vous en ai jamais fait ! fElîe porte son mouchoir à ses yeux.J

M™* MULLER, s' attendrissant.

Bien! Voilà que vous pleurez maintenant... Voulez-vous essuyer bien vite ces grosses larmes ! Si quelqu'un entrait dan.-? ce moment, ne croirait-on pas que je vous rends malheureuse? Voyons, voyons, est-ce votre faute si Arnold a eu la main un peu leste et Stéphan la tête un peu chaude? S'il

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