SCÈNE II
il que M""" Des Essarls ne vous ait pas fait part de la perte douloureuse que son oncle avait faite de l'usage de sa patte, et que pendant deux mois elle ne vous ait pas donné signe de vie?
DES ESSAKTS.
C'est là ce qui vous trompe... Elle m'a écrit deux fois par semaine.
LE DUC
Et ses lettres...?
DES ESSARTS
Mais vous n'avez donc pas lu les journaux... les journaux bien informés?... fUun ton mystérieux.) Vous ne savez donc pas qu'à l'heure qu'il est, en Suisse, et à Genève en particulier, les choses en sont venues à ce point, que les facteurs jettent dans le lac les lettres qu'il ne leur convient pas de porter à leur adresse ?
LE DUC
Ah ! vous m'en direz tant...
DES ESSARTS
Aussi, cette année, j'ai pris mes précautions. Dès qu'il a été arrêté que nous viendrions dans les Pyrénées, je n'ai plus perdu ma femme de vue.... (Des Essarts sort précipitamment.)
LA PRINCESSE
Encore ! Mais c'est une véritable monomanie î
LE DUC
Et après cela, on dira que les hommes ne sont
fKJis cent fois plus aimants que... fDesEssarts rentre en s'essuymit le front.)
LA PRINCESSE
Des Essarts fait bien de revenir ; vous alliez dire une énormilé.
DES ESSARTS
Ah bien oui!... c'était ma marchande de gants!... Où en étais-je donc ?
LE DUC
Vous ne perdez plus votre femme de vue...
Je ne perds plus ma femme de vue... nous partons ensemble... nous arrivons ensemble... et depuis ce temps-là...
LE DDC.
Eh bien, depuis ce temps-là... ?
DES ESSARTS
Eh bien, depuis ce temps-là, nous n'avons pas passé, Emilie et moi, une heure ensemble.
LE DUC
Que voulez-vous que je vous dise?... C'est navrant, n'est-ce pas, miss Paméla?
MISS PAMÉLA
Oh ! oui, c'est bien navrant, et j'éprouve toujours pour les âmes délaissées comme celle de M. Des Essarts, une grande sympathie.