SCÈNE IX
LE DUC
Place donc à Richelieu !... Eh bien, lorsque le vainqueur de Mahon se voyait sur le point d'être repoussé avec perte, lorsque le grand seigneur de la cour de Versailles, qui savait tout de la langue française... excepté Torlhographe , sentait la parole hésiter sur ses lèvres éraues, il avait recours à deux mots, deux nrïots magiques, dont il lui suffisait de varier l'accent, pour vaincre les premiers refus comme les dernières résistances,
LA PRINCESSE
Et ces deux mots?
C'étaient les plus simples du monde... Si l'on relirait une main tremblante, qu'il avait furtivementsaisie, un «Oh! madame!» persuasif comme une prière, ramenait à lui la charmante fugitive,.. Lui faisait-on comprendre qu'il y avait de sa part outrage ou méprise? Un « Oh ! madame ! » respectueux, désarmait la dignité la plus superbe, et lui laissait le temps de changer de manœuvre... Avaitil beaucoup à demander? Un «Oh! madame!» parti du cœur, enivrait l'imprudente et chassait au loin ses scrupules... Avait-il beaucoup reçu ? Le « Oh ! madame ! » devenait alors dans sa bouche le plus tendre des remercîmenls... Bref, le « Oh ! madame ! » était sa ressource suprême, et il n'y avait que le silence, qui suivait toujours ces mots irrésistibles... qui fût plus éloquentet y ajoutât un charme de plus !
LA PRINCESSE
El croyez-vous que le talisman de Richelieu aurait encore la même puissance ?
LE DUC, levant les yeux au ciel.
Oh ! madame !... les temps sont si changés !
LA PRINCESSE
En êtes-vous bien sur?
LE DUC
Demandez-le plutôt à vous-même.
LA PRINCESSE
Mais si je m'interroge, ne craignez-vous pas que je garde pour moi, à mon tour, le secret de ma réponse ?
Pourquoi ne me le confieriez-vous pas?... Favez-vous pas compris que mon bonheur dépend d'un seul mot de vous...?
LA PRINCESSE
Comment! un seul , lorsqu'il en fallait deux à Richelieu pour être heureux?
LE DUC
Ah ! de grâce, ne jouez pas ainsi avec un cœur...
LA PRINCESSE, apercevant Nadine qui entre.
Silence !... (JJnut et avec une indifférence jouée. J Vous disiez donc, monsieur le duc, que vous n'entendiez rien à la musique de Wagner?