SCÈNE IX
faire, comme tant d'autres, beaucoup de promesses, que pour avoir le plaisir de n'en tenir aucune?
LE DUC
Oh ! non... je ne vais pas jusque-là... je ne vous fais pas l'injure de voir en vous une de ces frivoles et déplaisantes créaturesdontlesourireesttoujours en quête d'un compliment, et qui prodiguent au premier venu leurs platoniques avances... La coquetterie ! mais c'est la fausse monnaie de l'amour ; et si jamais vous vous mettez en dépense de ce côté, ce ne sera pas, je suppose, pour payer aussi mal le cœur qui se sera donné tout entier à vous.
Vous me croyez donc bien économe?
LE DUC
Oui, économe... comme le sont les avares ; économe de mille trésors de beauté et d'esprit.
LA PRINCESSE
Vous me croyez donc bien riche ?
LE DUC
A millions, princesse.
LA PRINCESSE
Mais alors... c'est odieux tout ce que vous me racontez là... Comment! je suis belle, dites-vous, et je n'en laisse rien paraître... j'ai de l'esprit à remuer à la pelle, et je le garde tout pour moi... Mais n'est-ce pas à peu près me dire que je suis
laide et sotte... en attendant mieux? Vraiment, il n'y a que vous pour traiter les gens avec une telle franchise et pour donner à vos injures un air attendri, qui les ferait prendre au premier abord pour des hommages du meilleur aloi.
LE DUC
Vous raillez, princesse, et vous cherchez méchamment à m'ôter même la liberté de bien dire... Prenez-y garde : si vous me poussez à bout, je brûle mes vaisseaux... et je vais me tirer de ce mauvais pas, comme mon grand-oncle le maréchal de Richelieu, lorsque la situation devenait embarrassante et qu'il ne savait plus que répondre.
El que répondait Richelieu quand la situation devenait... embarrassante et qu'il ne savait plus que répondre?
LE DUC
Ah! c'est un secret de famille, et je ne sais trop si je dois...
LA PRINCESSE
Vous pouvez compter sur ma discrétion. Quel intérêt aurais-je à le redire ?
LE DUC
Le même intérêt peut-être que j'aurais à ne pas vous le confier.
LA PRINCESSE
Taisez-vous, Fronsac; c'est Richelieu qui a la parole.