SCÈNE XII
l'heure, il y a quelques minutes à peine, ne le menaciez-vous pas de le déshériter, si vous n'étiez pas du voyage?
GASTON
C'est vrai, et je tiendrai nia parole... Mais si mon oncle allait changer de projet?
NADINE
Il n'en changera pas, soyez-en sûr ; j'ai de bonnes raisons pour le croire.
GASTON
Vraiment? Et quelles sont ces mystérieuses raisons ?
NADINE
Je ne vous les dirai pas, curieux que vous êtes. Ce n'est pas mon secret, et il n'y a que les miens qui vous appartiennent.
GASTON
Pardonnez-moi mon indiscrétion; il me semble, Nadine, que le bonheur de ma vie dépend de ce voyage, et vous comprendrez...
NADINE
Et je comprends alors que vous loferez, ou avec votre oncle, ou tout seul, si, par impossible, le duc venait à y renoncer... Je le veux aussi, je vous en avertis, et comment me désobéiriez-vous, puisque vous le voulez comme moi?
GASTON
Il n'j a rien à répondre, j'en conviens... Mais voire marraine?
NADINE
Pouvez-vous douter de son affection pour vous?... Vous verrez comme elle sera heureuse de vous recevoir... comme nous aurons soin de vous... Ne craignez rien de notre hiver ; il vaut mieux que sa réputation; et d'ailleurs, n'aura-t-il pas pour vous tout l'attrait du nouveau et de l'inconnu?.... Quand vous nous retrouverez le soir dans nos salons du quai Anglais, les fleurs vous feront oublier la neige, et nous tâcherons de vous faire oublier la France... Puis, quand viendra l'été... car vous nous resterez l'été, n'est-ce pas?... quelles charmantes promenades nous ferons ensemble ! Nous demeurerons aux Iles, pas bien loin l'un de l'autre, et quand la soirée sera belle, nous irons voir le soleil se coucher dans la mer, entre un crépu^scule et une aurore... Peut-être trouverez-vous qu'il y a à la Pointe un peu trop de diplomates... mais rassurez-vous, ils se perdent dans le paysage... et lorsque vous partirez, votre indulgent souvenir n'emportera de la Russie que la mémoire de son hospitalité et de ses nuits d'été, claires comme le jour.
GASTON
Quand je partirai, Nadine, j'emporterai bien mieux encore, si du moins vous y consentez.