ACTE I". - SCÈNE I
bon patriote que vous, et mon cœur ne fait-il pas partie de la communauté? Comme vous m'aimez, je vous aime, et ce mutuel échange de nos sentiments est si complet, qu'il me semble à tout moment retrouver dans votre parole et sur vos lèvres l'écho de mes plus intimes pensées... Et cependant, lorsque je vous vis pour la première fois, lorsque, peu de jours après, votre père m'accorda votre main, il y a trois ans...
LA COMTESSE
Trois ans déjà?
LE COMTE
Trois ans et quelques mois peut-être... y eût-il entre nous cette flamme soudaine, ce sympathique éclair, tout ce tapage passionné, dont les parfaits romanciers illuminent les parfaites amours? Mon Dieu, non ; et bien souvent depuis nous nous en sommes fait la franche confidence: nous dûmes notre première rencontre au hasard...
LA COMTESSE
Dites plutôt à la providence: c'est le nom que les heureux doivent donner à la bonne destinée.
LE COMTE
Volontiers. Etait-ce au bal, à la promenade, chez une amie, que je vous fus présenté? Le lendemain, je me le rappelais à peine ; huit jours après, je commençais à me souvenir, et depuis lors, il ne s'est pas passé une heure que mon cœur ne me retrace les moindres détails de cette première en-
trevue..! Oh! si Tamour a des ailes, comme rassuraient nos pères, ce n'est pas pour s'envoler et s'enfuir, mais pour s'élever et planer sur la vie. S'il pouvait en être autrement, nos pères n'auraient pas eu le sens commun , et leur mythologie n'aurait été qu'une assez pauvre calomnie.... Non, non, ce n'était pas là leur pensée, et leur foi ne donnait des ailes à l'amour que comme la piété en donne à la prière.
Quoi ! vous êtes croyant et vous subtilisez !
J'avoue, mon ami, que ma naïveté n'a que faire de si profondes explications, et je vous ai donné tout mon amour, sans me douter seulement s'il avait des ailes..» Je vous aime de toute mon âme, et je sens que je vous aimerai toujours... et pour en arriver là, je n'ai eu qu'à me laisser aller aux douces pentes qui m'entraînaient vers vous... Plus le chemin s'allonge, et plus j'ai besoin de m'appuyer sur votre cœur.... Voilà tout mon raisonnement. Sans doute, il est d'une désespérante faiblesse, mais à quoi bon raisonner en voyage, lorsque la route est toujours souriante et fleurie?
LE COMTE
Oui, chère Marie, vous avez mille fois raison ; c'est une malheureuse et commune folie que de douter du bonheur qui nous entoure et du charme qui nous enivre... 11 est déjà si difficile d'être heureux et enivré ! Pourquoi songer à d'autres pays, lorsque tout nous chérit autour de nous et tout