ACTE P'. - SCÈNE II
conjugale?... Pour qui me prenez-vous donc? Pour un rabat-joie, pour un croquemitaine égaré dans les boudoirs de la civilisation, lorsque au contraire je voudrais... semer de fleurs le chemin de votre vie...?
LE COMTE
OÙ voulez-vous en venir alors?
LA COMTESSE
Voyons, défendez-vous ; les assiégés font une sortie.
LE MARQUIS
Défendez-vous , défendez-vous ! Rien n'est plus facile assurément ; mais je suis bon prince, et ne voudrais pas trop tailler en pièces mes ennemis.
LE COMTE
Attendez au moins d'avoir vaincu pour être aussi généreux.
LA COMTESSE
A-llons, en garde, ou levez le siège.
Quel César! Quelle Bradamanle!
LE COMTE
Marquis, vous reculez.
LA COMTESSE
Vous pâlissez, marquis.
LE MARQUIS
Non, non, je ne pâlis ni ne recule. C'est vous
qui allez reculer et pâlir, si vous me forcez dans mes derniers retranchements.... Vous vous aimez, n'est-ce pas? ni un peu, ni beaucoup, mais passionnément... c'est chose bien entendue... Eh bien, croyez-en mon expérience : si vous voulez vous aimer longtemps, ne vous aimez pas toujours!... Ah ! vous croyez qu'on peut impunément braver, comme vous le faites depuis tantôt trois ans, toutes les lois et tous les usages, vous créer en plein faubourg St-Honoré une sorte dlsola-Bella...? Mais, mon cher comte, mais ma charmante comtesse, que ce bonheur dure encore deux mois, et vous êtes les gens les plus malheureux du monde !...
LE COMTE
Vraiment î Pas possible !
LE MARQUIS
Laissez-moi achever... Savez-vous ce qui arrivera? Un jour... le jour, si vous voulez, où vous vous serez le plus et le mieux aimés... cpmme aujourd'hui, par exemple...
LA COMTESSE
Non, comme demain.
LE MARQUIS
Soit, comme demain; ce jour-là, vous entendrez gratter à votre porte ce triste et mystérieux personnage qu'il me semble avoir entrevu une fois à la
LA COMTESSE