ACTE F'. - SCÈNE H
deux, d'outrage à toutes les convenances. Comment! depuis le jour trois fois heureux où vous vous êtes mariés, nous avons été témoins des plus soudaines métamorphoses : la France a changé trois fois de gouvernement, M.X... n'estplusun sot, M™' Trois-Etoiles n'a plus de cheveux blancs... vous seuls, êtes restés calmes et immobiles dsins votre amour... comme ces sphinx de granit rose, que les Psamménites ont semés en Egypte, pour être récoltés par les conservateurs du Louvre... Mais c'est là un scandale sans nom, une injure aux habitudes, contre laquelle je proteste et je requiers au nom du monde, au nom de la galanterie....
LA COMTESSE, continuant sur le même ion. Au nom de la morale...
LE MARQUIS
Au nom de la morale... qu'il soit fait bonne et prompte justice de la tendresse continue dans laquelle vous vous barricadez.
Savez-vous bien, marquis, que c'est un siège en règle que vous nous déclarez?
LE MARQUIS
Oh ! ne craignez rien ; je vous promets de faire passer des provisions dans la place.
LA COMTESSE
Taisez-vous, Henri Quatre. On peut goûter les charmes de la paix , sans éprouver les horreurs de la guerre, et je vous engage à réserver pour une
meilleure occasion toutes les ruses de votre stratégie. Vous êtes marié, marquis, marié depuis quinze ans...
LE MARQUIS
Oh ! comtesse, on ne se marie pas à quinze ans?
LA COMTESSE
Non ; mais on se marie à vingt-cinq, et ça ne rajeunit pas de quinze. Vous avez la femme la plus adorable et plus adorée de Paris ; quand la marquise entre dans un salon, c'est un chuchotement d'éloges, un murmure d'admiration à vous rendre jaloux... si vous pouviez avoir encore cette qualité. Au concert, elle est toujours la plusiêtéeet laplus applaudie; au Bois, elle est la plus entourée; partout, elle est la plus belle. Un philosophe m'assurait hier que si M"*" de Longueville n'existait pas, elle tournerait la tête de la première classe de l'Institut... Que vous faut-il de plus? Que manque-t-il à votre bonheur, et pourquoi venir taquiner le nôtre?... Je ne vous ai rien fait... laissezmoi tranquille.
Ma foi, marquis, je n'aurais pas aussi bien dit.
LE MARQUIS
Mais, grand Dieu ! mes enfants, qui peut avoir une pareille pensée? Moi, troubler votre bonheur? Moi, changer en une vilaine rousse, cette douce lune de miel dont vous allongez si bien les quartiers, au mépris de toutes les lois de l'astronomie