‹ Comedies de paraventChapitre 164 sur 224 · ACTE I". — SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I". — SCÈNE III

tre vous. Albert a voulu parier cent louis à M™° de Keriolay que vous étiez gardée à vue et qu'il y avait des piéges-à-loup dans votre antichambre... Personne n'a voulu tenir le pari... On ne s'y fie pas... Il paraît qu'on a peur, en devenant amoureux de vous, d'être pris par le cœur... et par la patte.

LE COMTE

Oh ! marquise, vous savez bien...

LA MARQUISE

Quant à vous, je ne vous parle pas. On dit... c'est du moins Antonelli qui l'assure... vous savez bien Antonelli, ce petit prince italien qui est si vilain pour un prince et si laid pour un Italien... Eh bien, Antonelli affirmeque vous descendez d'Othello... par les femmes.

LA C03ITSSE.

Vraiment, Fernand? Vous m'aviez caché cet ancêtre-là ?

Et puis, comment êtes-vous fagotée, ma toute belle? Il ne vous manque plus, en vérité, que des bretelles en taffetas bleu , pour ressembler à une pensionnaire des Oiseaux ou du Gymnase, et si vous aviez une perruque blonde et bouclée à l'enfant, on vous prendrait pour cette bonne lady Surrey, qui a soixante-deux ans et qui joue encore à la poupée.

LE MARQUIS

Vous avez beau dire, marquise : vous y perdrez

votre iatin et votre esprit... Ici l'on aime, et l'on n'a plus le temps de donner deux heures au choix d'une robe ou d'aller au Club perdre mille louis... Nous nous moquons de l'élégance... nous faisons fi du plaisir... nous nous aimons, nous nous le disons, et le temps s'envole sur l'aile des amours... Hein ? quel ravissant sujet à mettre en lithographie pour les billards de village î

LE COMTE, s'appuyant sur le bras de la comtesse.

Vous avouerez du moins que notre amour est d'une patience angélique...

LA COMTESSE

Et qu'il ne s'efTraye guère des ridicules que vous lui prêtez si généreusement?

LX MARQUISE

Comment ! mais il a un bandeau sur les yeux, le cher petit, et je vois que ce serait peine perdue que de lui crier casse-cou.

Pas du tout, et je vous sais au contraire un gré infini de vous intéresser si fort à lui. Mais enfin, marquise... vous allez me trouver peut-être bien niaise ou bien indiscrète... Si ce n'est pas ainsi qu'on doit aimer son mari... comment donc aimezvous le marquis?

LE xMARQUIS.

Oh ! je vais vous le dire.

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