ACTE I". — SCÈNE IV
SCÈNt I\.
LE MARQUIS
Hum ! la singulière petite femme, et quelle fortune ce serait que de détourner à mon profit ce fleuve du Tendre ! Franchement, je suis fatigué de toutes ces victoires, où le même roman vient toujours après la même préface et où les bonheurs se suivent et se ressemblent comme des moutons de Poitou. Mais par où pénétrer dans un cœur qui se défend et se garde si bien lui-même? C'est Jà la question, comme dirait Hamlet... et Hamlet n'est pas là pour me répondre... Si encore, elle pratiquait mes théories de distraction libérale et comparée ; si elle courait le monde comme ma femme, il pourrait bien arriver que de bals en concerts, de chasses à courre en promenades au Bois, elle fît un faux pas sans s'en douter, et je me trouverais Jà tout juste à point pour ne pas la relever. Malheureusement, elle m'écoute, comme tant d'autres écoutent le sermon, en songeant à tout, excepté au prêcheur. Il est vrai qu'elle a un mari... un mari ! cet éternel homme d'affaires des amants... Quoi qu'en dise le comte, il n'est pas à la hauteur du septième ciel de la comtesse : il jette volontiers un regard en arrière sur les plaisirs qu'il a[laissésà[la porte de la mairie du deuxième arrondissement, ^et la marquise n'aurait qu'à l'y pousser un peu, pour qu'il se mît bientôt en frais d'école buissonnière... Aussi, nesuis-je pas trop inquiet de'ce côté...|Mais la comtesse?... Ah î si j'avais vingt ans,;; si j'étais jeune et innocent comme elle, je^ne désespérerais
pas de la partie... La jeunesse ci Tinnocence sont
si dangereuses ! Mais où diable peuvent être
aujourd'hui mon innocence et ma jeunesse?
Cependant, si je ne puis entrer moi-même en campagne, me serait-il donc impossible de trouver, de par le mondp, un cœur bien naïf et bien épris, que-
je lancerais en éclaireur dans cette aventure,
un jeune et beau Raton dont je m'instituerais le Bertrand t fil réfléchit).