‹ Comedies de paraventChapitre 172 sur 224 · ACTE I". — SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I". — SCÈNE V

qu'il semble n'avoir de secrets pour personne... eh bien, malgré ma curiosité et malgré mon expérience, je n'ai pu encore découvrir son côté vulnérable.

GEORGES

A quel propos mêler la comtesse à ces jeux d'esprit? Elle aime son mari, elle en est aimée... c'est là toute sa force... Oh! je comprends que le comte soit jaloux de son bonheur et qu'il le garde comme un trésor... je n'en sais pas de plus enviable, et je crains bien que le ciel ne m'envoie jamais une pareille fortune.

LE MARQUIS , prenant Georges à part.

Pourquoi donc, enfant que vous êtes? Vous l'aimez ! f Georges fait un geste de dénégation. J Ne le niez pas. Si vous ne vous l'êtes pas encore avoué à vous-même, vous me l'avez dit cent fois, sans jamais m'en parler. Pourquoi donc auriez-vous de ces pâleurs subites quand le comte lui presse la main? Pourquoi avez-vous tout à coup rompu avec vos amis du Club, avec vos premières et faciles passions, si vous ne l'aimiez pas déjà comme un fou, bien plus et bien mieux que le comte ne saura jamais l'aimer?

Plus bas, de grâce.... Si Antonelli vous entendait !

LE MARQUIS, à Georges et toujours à part.

Laissez donc. Antonelli est un fat, qui dans ce

moment ne pense qu'à Sylvia et à sa cravate. (Haut.) N'est-ce pas, Antonelli?

ANTONELLI

Quoi donc? Ne trouvez-vous pas que Cevreuil a réoussi ce zilet à ravir?

LE MARQUIS

Idéal, cher prince, idéal ! (A Georges.) Que vous avais-je dit? C'est une oie revêtue des plumes d'un paon... Croyez-moi, Georges, rien ne pose un homme comme la façon, dont il se tire de son premier duel ou de son premier amour. Si le pied lui glisse dans l'une ou l'autre de ces deux rencontres, il est jugé pour le reste de ses jours, et ne sortira jamais de cette foule sans couleur et sans prestige, que l'on est convenu d'appeler le commun des martyrs. Vous êtes jeune, vous débutez à peine dans la vie ; le moment est venu de faire vos preuves. Je m'en rapporte à vous pour l'affaire d'honneur; rapportez-vous-en à moi pour l'affaire de cœur. Si vous n'éprouviez pour M""' de Lagorce qu'un de ces sentiments fugitifs, qui naissent d'une occasion et meurent d'un caprice, j'aurais été le premier à vous détourner de l'entreprise et à vous en démontrer l'inutilité. Mais comment la comtesse pourrait-elle rester indifférente à vos prières, lorsque tout dans votre voix, dans votre regard, dans votre émotion même, témoignera de votre sincérité? Comment pourrait-elle repousser et désespérer un cœur, qui se donnera à elle avec un tel abandon? Pour qu'il en fût ainsi, il faudrait un miracle... et les miracles sont si rares aujour-

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