ACTE IL - SCÈNE II
LA COMTESSE
Et que m'importe? Croyez-vous qu'on ne puisse la regarder sans être ébloui?
Tout dépend des yeux, comtesse.
LA COxMTESSE.
Oh ! je suis sans crainte de ce côté. Jf» réponds de ceux de mon mari.
GEORGES
Vous avez raison. Comment pourrait-il en avoir pour d'autres que pour vous?
LA COMTESSE
Est-ce un compliment ou une consolation, ce que vous me dites là?
GEORGES
Qu'aimeriez-vous mieux?
LA COMTESSE
Un compliment, si vous voulez ; je n'ai pas besoin encore d'être consolée du départ d'Ulysse.
GEORGES
En êtes-vous bien sûre?... Et si c'était une consolation ?
LA COMTESSE
Je ne l'accepterais pas: c'est là un soin que je ne confie qu'à moi-même.
GEORGES
Eh quoi ! si vous éprouviez une grande douleur, si un jour... ce qu'à Dieu ne plaise.... votre cœur était tout à coup déchiré et meurtri par un de ces coups inattendus, qui n'épargnent pas les existences les plus calmes et les plus belles, repousseriez-vous même le secours d'un ami, et ne voudriez-vous pas d'une main discrète, qui ne se tendrait vers vous que pour soigner votre plaie et la guérir?
LA COMTESSE
Vous êtes bien prompt à prévoir l'imprévu, monsieur Georges, et, Dieu merci, mon horizon n'est pas aussi noir que vous voulez bien l'imaginer.
GEORGES
Oui ; mais qui peut répondre de l'avenir?
LA COMTESSE
Le présent d'abord, et le passé ensuite, je pense.
GEORGES
Sans doute; mais votre confiance ne vient-elle pas aussi un peu du sentiment de votre force?
LA COMTESSE
Oh ! non, ce serait de la vanité, et je n'ai que de l'amour-propre.
GEORGES
De la vanité... pourquoi donc ? Ne comprenez-