‹ Comedies de paraventChapitre 180 sur 224 · ACTE II. - SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II. - SCÈNE IL

VOUS pas que vous exercez sur tout ce qui vous approche un charme et un empire inexprimables? Ne voyez-vous pas....

Pardon, voulez-vous savoir ce que je vois?

GEORGES

Volontiers.

LA COMTESSE

Je vois que, sans y songer, vous allez me faire une déclaration, et qu'en y songeant, je vais vous faire un sermon... Ne m'en sachez pas mauvais gré au moins : c'est vous qui avez tiré le premier.

GEORGES

Je vous écoute, madame.

LA COMTESSE

Monsieur de Kirwan , si j'ai bien compris... ce que vous alliez me dire, un mot de plus et vous mettiez votre cœur à mes pieds... Eh bien, j'ai pour vous trop de sympathie, pour vous laisser en arriver là, sans vous avertir de la méprise. Quand j'étais petite fille... du temps où la reine Berthe filait... mon père disait un jour devant moi que rien n'était plus facile que d'empêcher un grand incendie; seulement, ajoutait-il en soufflant sa bougie, il faut s'y prendre à propos et ne pas attendre que le feu soit aux quatre coins de la maison... Je suis le conseil de mon père, monsieur

Georges, je souffle sur l'élincelie pour que demain ce ne soit pas une flamme.

GEORGES

Comment pouvez-vous railler ainsi, lorsque j'ai peine à contenir l'émotion qui déborde de mon cœur?

Aimeriez-vous mieux, par hasard, que mon éloquence tournât de suite au tragique, et qu'elle vous parlât tout d'abord de mes devoirs? Ce sont là des mots bien solennels, et je veux tâcher de vous convaincre, sans avoir recours à tant de majesté... Savez-vous que si j'osais, je vous ferais

GEORGES

Lequel, madame?

LA COMTESSE

Oh ! ne vous récriez pas. Quand vous m'aurez entendue, je doute que vous en soyez plus encouragé. Si je n'étais pas mariée, si le bon Dieu n'avait pas mis la main de Fernand dans la mienne... eh bien, dois-je vous le dire?... peut-être m'eût-il été agréable d'accepter la vôtre ? C'est celle d'un galant homme, d'un homme d'honneur, et la femme, à qui vous l'offrirez un jour, aura le droit d'en être fière. Mais aujourd'hui... ce n'est plus possible, vous en conviendrez, et ce serait singulièrement vous prouver mon estime que de vous laisser même l'ombre d'une illusion.

Page 1