‹ Comedies de paraventChapitre 199 sur 224 · ACTE m. - SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE m. - SCÈNE I

LE MARQUIS

Pas possible... Entre nous, Georges, je crois que vous nie cachez quelque chose... Seriez-vous discret par hasard?

GEORGES

Si j'avais à l'être, je ne m'en défendrais pas. Par le temps qui court et les Antonelli qui parlent, la discrétion me paraît troji bien portée pour qu'au besoin je ne m'en fasse pas faute ; mais elle n'a rien à faire ici, je vous jure, et tout s'est passé comme je viens de vous le dire.

LE MARQUIS

Je n'en reviens pas... Comment ! lorsque vous lui avez avoué que vous l'aimiez...

GEORGES

Pardon ; je ne lui ai pas dit que je l'aimais, marquis.

LE MARQUIS

Né chicanons pas sur les mots... lorsque vous le lui avez laissé deviner, si vous le préférez, n'avezvous pas surpris dans sa voix, dans son regard, ce trouble involontaire, qui est à lui seul toute une promesse ?

GEORGES

Pas le moindre, hélas ! Elle m'a répondu de l'air le plus naturel du monde, et je suis sûr que si vous aviez été à ma place, vous vous seriez laissé facilement convaincre comme moi par cette voix si

calme et si pure, qui semblait, comme la voix d'un ami ou d'une mère, n'avoir d'autre souci que de m'indiquer le plus droit et le meilleur chemin.

Diable, mon cher Georges, comme vous tournez vite au sentiment, et comme vous prenez facilement parti de votre déconvenue !

GEORGES

Qu'y faire? C'est sans doute la faute de mon inexpérience.

LE MARQUIS

Eh bien, débarassez-vous-en, de votre inexpérience ; si la comtesse vous a témoigné ce matin cette froideur, ou cette indulgence, comme vous voudrez, c'est qu'elle croit encore à l'affection de son mari, et qu'elle imagine, dans sa confiance superbe, que personne ne pourra jamais la lui enlever; mais qu'elle vienne seulement à en douter... et vous verrez alors qu'elle vous écoutera déjà avec moins d'indifférence... L'occasion est pour beaucoup plus que vous ne le supposez dans ces charmants accidents , que l'on nomme les faiblesses d'une femme... il s'agit seulement de l'attendre quand on est patient, ou de la faire naître quand on est habile... Entre ces deux moyens, c'est à vous de choisir celui qui vous convient le mieux; mais pas de découragement, pas de faux scrupules surtout... C'est le plus gênant et le plus inutile des bagages... et il n'en faut pas pour gagner les batailles !

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