‹ Comedies de paraventChapitre 200 sur 224 · ACTE m. - SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE m. - SCÈNE I

GEORGES

Mais c'est de la haute politique, marquis. On croirait entendre Machiavel.

LE MARQUIS

Que voulez-vous? toutes les conquêtes se ressemblent.

Soit; mais pas toutes les'iemmes, Dieu merci. Bien que je ne sois resté que quelques minutes auprès de la; comtesse, je suis persuadé aujourd'hui qu'elle ne fera jamais un pas hors de la ligne qu'elle s'est tracée. C'est une âme trop haute et trop fière pour capituler avec sa conscience, et les distraclions de son mari, s'il en avait un jour, ne deviendront pas pour elle, comme pour d'autres, croyez-moi, l'occasion d'une faiblesse.

LE MARQUIS

Comme vous prenez chaleureusement sa défense !... Est-ce que vous l'aimeriez encore?

GEORGES

Non, marquis, je la respecte. Décidément, c'est plus digne d'elle et de moi. fils continuent à causer à voix basse.)

LA MARQUISE, parlant à une dame assise à sa droite.

Oui, ma chère, un turban et des babouches! Comprenez-vous qu'à son âge on s'affuble de la sorte? Lorsqu'elle est entrée, j'ai cru que l'orchestre allait jouer l'ouverture de la Caravane du Caire !

fS' adressant au comte, qui tient encore à la main le billet, que Georges lui a remis de la part de la comtesse.) Comme c'est aimable à vous de medonner ainsi toute votre soirée !... Vous voilà donc veuf, à ce qu'il paraît?

LE COMTE

Pour le moment du moins.

LA MARQUISE

Vous en plaindriez-vous?

Oh ! marquise, je ne m'en suis pas encore aperçu.

LA MARQUISE

A qui Ja faute ?

LE COMTE

xMais à vous.

LA MARQUISE

A moi?

LE COMTE

Sans doute. Dîner exquis, promenade charmante, tête-à-tête avec l'esprit et avec la grâce... Je serais un barbare, avouez-ie, si je ne me laissais pas séduire par tant de séductions?

LA MARQUISE

Voilà pourtant ce que c'est que de sortir de son ermitage.

LE COMTE

Dois-je me hâter d'y rentrer?

Page 1