ACTE m. - SCÈNE VII
LA COMTESSE, avec une curiosité enjouée.
11 y a donc de bien gros dangers dans ce monde d'une apparence si attrayante et si polie ?
LE MARQUIS
OÙ n'y en a-t-il pas?... Voyez plutôt... vous restez tranquillement chez vous à filer de la laine, comme la chaste Romaine de M. Ponsard... et voilà qu'au moment, où vous y pensez le moins assurément,., il vous tombe des nues deux amoureux... Vous sermonnez l'un et je vous débarrasse de l'autre... c'est pour le mieux; mais reconnaissez du moins avec moi que mon premier début dans le rôle de mentor ne vous a pas été tout à fait inutile?
LA COMTESSE
Je vous en sais beaucoup de gré, au contraire.
LE MARQUIS
Vous faut-il une nouvelle preuve de mon dévouement et de mon expérience ?
LA COMTESSE
Voyons.
LE MARQUIS
Tout à l'heure, quand nous étions ensemble dans la galerie, et que chacun s'empressait à vous faire cortège comme à une jeune reine, avez-vous remarqué, avec quel œil d'envie vous étiez déjà observée par la partie féminine de la compagnie?
Vous êtes un flatteur, marquis.
LE MARQUIS
Non , non ; je m'y connais. Rien n'est plus inquiétant pour les femmes, comme unejoliefemme... à laquelle elles ne s'attendaient pas.
LA COMTESSE
J'ai donc fait bien des victimes ?
LE MARQUIS
Des victimes ? Vous seriez abasourdie si je vous donnais le bulletin de la bataille, que vous avez gagnée à votre insu.
LA COMTESSE
Oh ! je m'en doutais bien un peu... Et le bulletin?...
LE MARQUIS
Le voilà... Cinquante cœurs blessés à mort, dix ménages en déroute, trois maris prisonniers... Moniteur de la mode, partie officielle.
LA COMTESSE
Quel ravage ! C'est à faire mourir Antoneili de jalousie !
LE MARQUIS, avec une préoccupation mal déguisée.
Antoneili! Est-ce que, d'après vous, il serait aussi séduisant qu'il le raconte?-