LE MARQUIS, LA COMTESSE
LA COMTESSE, regardant furtivement le prince et la marquise (à part.)
A merveille, voici Antonelli aux prises avec ma belle ennemie !
LE MARQUIS, à part.
Diable, le prince me paraît en bien grande conférence avec la marquise. (A la comtesse.) Eh bien, comtesse, en voulez-vous toujours à ce pauvre monde et lui gardez-vous la même rancune que par le passé?... Ce serait de l'ingratitude, avouezle.... Quel succès! quels compliments!... C'était vraiment à ne savoir à qui entendre.
LA COMTESSE
Ne m'en parlez pas , j'en suis encore tout étourdie.
LE MARQUIS
Vous le voyez bien , j'avais raison de vous engager à prendre la clé des champs... Si vous étiez restée claquemurée dans votre coin , comme une sœur grise, auriez -vous eu le plaisir d'entendre à vos oreilles ce murmure d'admiration, qui vous a saluée à votre entrée, et qui a toujours, quoi qu'on
dte, un charme inexprimable...? Il n'y a que les jaloux ou les Turcs qui condamnent les femmes à une réclusion absolue... Dieu merci, je ne suis ni Tun ni l'autre, et si vous continuez à suivre mes conseils, comme vous le faites depuis quelques heures à peine, vous n'aurez qu'à vous y laisser aller, pour devenir bientôt l'étoile de toutes nos fêtes.
LA COMTESSE
A condition de vous prendre pour mentor, ce-, pendant?
LE MARQUIS
Il en faut toujours un, comtesse : voyez Télémaque.
LA COMTESSE
Télémaque, je ne dis pas. C'était un de ces êtres faibles dont vous me faisiez, il n'y a pas longtemps, unsitouchantporlrait... c'était un homme î
LE MARQUIS
Soit; mais vous croyez-vous assez habile pour découvrir... toute seule... les dangers dont vous pourriez être entourée?
LA COMTESSE
Non ; mais je me crois assez honnête pour les éviter.
LE MARQUIS
Sans doute. Peut-être cependant vaudrait-il mieux pour vous en être prévenue d'avance?