‹ Comedies de paraventChapitre 31 sur 224 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Nous ne pouvons faire un pas, nous permettre un sourire, sans que notre entourage n'y cherche et n'y mette une intention bien éloignée souvent de notre pensée. Dès que nous entrons dans un salon, toute la police de la médisance se met en campagne autour de nous, commente nos paroles les plus inoffensives et nous prête charitablement toutes les fautes qu'elles imagine. Si nous restons dans notre coin à nous battre avec nos papillons noirs, notre solitude même est accusée de cacher un mystère... Sortons nous? A l'instant, dix personnes se demandent gravement où peut aller une veuve qui sort. Allons-nous au Cours-la-Reine? Ce n'est pas pour la promenade. Allons-nous à l'église? Ce n'est point pour la messe ; c'est une intrigue qui commence, et nous n'avons pas fait deux tours d'avenue que nos surveillants officieux ne comprennent pi us que nous bravions aussi légèrement toutes les lois et toutes les convenances...

Puis, les portraits de famille s'en mêlent: le commandeur succède à la chanoinesse, et la chanoinesse au commandeur; ils vous font observer, en mêlant les reproches aux promesses, qu'il n'est pas bienséant de rester dans un isolement, qui peut prêter aux interprétations les plus fâcheuses. Nous hésitons pendant huit jours, pendant un mois, à renoncer à cette liberté, qui a pourtant son charme, quoi qu'on c?îe;mais les coups d'épingle recommencent de plus belle ; nous nous sentons bientôt presque suspectes et compromises... Le commandeur et la chanoinesse redoublent d'instances et de câlineries... Enfin, Malherbe vint... Ce jour-

lii, Malherbe est un galant homme qui s'appelle monsieur le duc de Bailleul : il nous demande notre main avec une bonne grâce si parfaite, qu'on ne sait plus comment la lui refuser... Et nous lui donnons notre parole, comme je vous l'ai donnée, monsieur le duc, sans rien regretter d'un veuvage devenu impossible et sans rien craindre désormais d'un monde où nous rentrons au bras d'un mari,

LE DUC

Vous êtes la meilleure et la plus adorable des femmes, et il est difficile de se réduire en esclavage avec une plus complète résignation... Quand conduirai-je la victime à l'autel?

LA MARQUISE

La victime n'attend plus que les fleurs qui doivent couronner sa tête.

LE DUC

Philippe vous les apportera demain.

LA 3IARQUISE.

Combien lui avez- vous promis pour une telle promptitude?

L'honneur de vous servir, et il a tout quitté pour vous.

LA MARQUISE

Je reconnais bien là Philippe ; c'est le Lauzun de la coiffure... Et Boule, et Filte, et Gauthier?...

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