SCÈNE V
ner, c'est votre silence bien plus que vos paroles qu'il m'a fallu connprendre.
C'est vrai, madame... Lorsque je vous vis, lorsque je vous aimai, vous n'étiez plus libre et vous portiez le nom d'un autre, avec une dignité si liante et si calme, il y avait dans toute votre existence une telle sérénité et une pureté si ineffable, que je n'osai rien vous témoigner du sentiment qui m'entraînait vers vous... et j'aurais regardé comme un crime de la troubler par les orages qui grondaient dans mon cœur... Si je vous avais moins aimée, madame, peut-être aurais-je fait taire ces scrupules, et n'aurais-je pas craint, comme il est d'habitude dans ces sortes d'aventures, de laisser mon âme, ma vie toute entière déborder dans un aveu... fia marquise fait un geste) que vous auriez repoussé sans doute ? Mais, vous le dirai-je, ce n'était pas votre refus qui m'efïrayait le plus... Non ; mon adoration pour vous eût bravé même votre colère... J'avais peur d'être aimé, j'avais peur de ne pouvoir vous rendre tout ce que vous m'auriez donné et tout ce que vous auriez perdu pour moi.
LA MARQUISE, à part.
Quelle angoisse, mon Dieu... et quel réveil !... Mais non... plus que jamais il doit tout ignorer... (Haut et avec résolution.) Ecoutez, Gilbert...
LE COMTE, ^interrompant.
Comprenez-vous maintenant comment je suis
parti tout à coup sans même vous dire adieu?... Un soir, où j'avais cru entendre dans votre voix comme un écho de ma pensée, où il m'avait semblé que votre regard se reposait sur moi avec une douceur inaccoutumée... je sentis que si je restais une heure de plus près de vous, j'allais succomber, et qu'il fallait m'éloigner à tout prix... Le lendemain, j'acceptai la première mission qui m'était offerte... Entre vous et moi, je mis tout un monde... Lorsque, il y a trois mois, je lis dans un journal qui me tombe sous la main que vous êtes veuve,... Veuve, c'est-à-dire libre !... Veuve, c'est-à-dire maîtresse absolue de votre cœur et de vos volontés !... Dans ces trois mois, j'ai fait deux mille lieues pour vous revoir et pour vous dire : Marquise, je vous aime, voulez- vous accepter ma main ?
LA MARQUISE, à part.
Ciel!... (Haut.) Et si je n'étais plus libre, Gilbert, si j'avais été obligée...
LE COMTE
N'achevez pas... c'est impossible... Si Dieu avait mis pour moi un tel malheur au bout de ces quatre années de sacrifices et d'épreuves...
LA MARQUISE
Eh bien ?
LE COMTE
J'en mourrais, madame.
LA MARQUISE, à part.
Etmoi, pourrai' je vivre?... /"^wcom^é.y Pardonnez-