SCÈNE IL
Mais, maman, est-ce que je suis bien née?
Comment, mademoiselle ? Ignorez-vous donc que vous descendez par votre mère des fameux Briochais, qui ont fait si grande figure dans la bouclie de Henri III?
ANGÉLIQUE
Je ne savais pas, maman.
M. TURCARET
Et par votre père, de l'illustre Tu rcaret, qui vous a donné le jour...
ANGÉLIQUE
Vraiment, papa ?
M™' Tl RCARET.
Oui, Angélique; vous êtes trop grande aujourd'hui pour continuer à courir après les papillons et à attifer votre poupée. Une femme a de plus sérieux devoirs à remplir : elle doit aller dans le monde, y mener un état digne d'elle et de ses charmes, se faire remarquer dans la belle compagnie par l'éclat et la variété de ses ajustements...
M. TURCARET
Avoir l'œil au ménage, surveiller les gens, raccommoder les nippes... Enfin, ma fille, il vous faut prendre un mari, à moins que vous ne préfériez entrer en religion.
Nenni, papa, je ne veux pas du couvent... mais d'un vrai mari, et tout de suite, si cela vous agrée. L'avez-vous vu '? L'avez-vous choisi? Quand me le présentez-vous? Tenez-vous-le pour dit : il ne me convient pas d'être la femme de Valère... il a la moustache trop rouge; ni celle de Damis... ses rabats ne sont point de la bonne faiseuse. Quant à Orgon, ne m'en parlez pas : il est trop vieux et trop laid... on le prendrait pour mon père. J'entends avoir un mari bien jeune, bien plaisant, bien joli, qui porte l'épée en verrouil et joue du clavecin. S'il n'a pas un beau carrosse avec deux genêts d'Espagne, brisons là : autant me vaudrait être la femme de monsieur Rafle !
M™^ TURCARET
Ta, ta, ta, ta, voyez la petite futée ; comme l'odeur du mariage lui a délié la langue.
ANGÉLIQUE
Oh! quel plaisir, maman, quel plaisir ! Je pourrais donc passer deux heures tous les matins à ma toilette et me mettre comme vous toutes sortes de vilaines couleurs sur la figure!
Mademoiselle !
ANGÉLIQUE
Et le soir courir les assemblées avec toutes ces belles dames, dont papa dit de si drôles de choses quand vous n'êtes pas là.