‹ Comedies de paraventChapitre 80 sur 224 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

FRONTIN

Madame ?

ANGÉLIQUE

Monsieur?

Vous plairait-il ce bonbon à la reine?... Oh ! la jolie petite main !

ANGÉLIQUE

Oh ! le délicieux émail !

FRONTIN

Veuillez l'agréer, madame, vous aurez fait un heureux.

ANGÉLIQUE

Mais...

FRONTIN

De grâce, ne le refusez point ; ce serait une cruauté indigne de vos beaux yeux.

ANGÉLIQUE

Je ne sais...

FRONTIN

N'hésitez pas, je vous en prie ; une bouche aussi rose ne saurait avoir la noirceur de me réduire au désespoir.

ANGÉLIQUE

Comment résister à un désir aussi galamment exprimé ?

FRONTIN

Que ne suis-je cet émail? Je n'aurais plus rien à envier aux dieux.

Pourquoi donc?

FRONTIN

Ne me le demandez pas, imprudente et belle Angélique ; mon émoi ne vous a-t-il pas dit le secret de mon àme, et croyez-vous que j'aie pu voir tant de charmes et tant d'attraits, sans renoncer à toutes les dames de la cour et sans vous dévouer un cœur dont votre beauté a forgé les chaînes? (M'°'^ Jacob entre-hàille la porte du fond et regard^ à la dérobée.)

ANGÉLIQUE

Mais c'est de cejourd'hui seulement que vous m'avez aperçue.

FRONTIN

Oh ! l'ingrate ! Oh! la cruelle î Elle ne m'avait pas remarqué ! iMais, ô cher et adoré tyran de ma vie, voici tantôt trente semaines que votre esclave s'attache sans trêve à vos pas et vous suit partout, à la promenade, au cours, au temple, en tous lieux!

ANGÉLIQUE

Qu'entends-je?

FRONTIN

Cet élégant gentilhomme qui vous présenta le poing l'autre jour pour vous dégager d'un embarras de porteurs... c'était moi !

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