SCÈNE XH. lOD
ANGÉLIQUE
C'était vous?
FRONTIN
Et cet aimable musicien qui vous donna la nuit deNoëi une sérénade, si délicatement accompagnée de flûte et de tambourins... c'était moi !
ANGÉLIQUE
C'était vous ?
FRONTlN.
Et ce soi-disant Frontin qui encanaillait ses nobles épaules sous la livrée du chevalier et de la baronne...
ANGÉLIQUE
C'était vous?
FRONTIN
C'était moi, toujours moi, qui me jetais, avec le bandeau de l'amour sur les yeux, dans toutes ces aventures et toutes ces équipées, pour arriver jus-= qu'à vous et vous déclarer ma flamme.
ANGÉLIQUE
Qu'il est doux d'être aimée avec cette violence, et que la marguerite avait raison !
FRONTIN
J'aurais tout fait pour une si précieuse conquête. Le bonheur de vous plaire n'est-il pas à mes regards la plus haute des gloires, et le titre de votre époux fa seule félicité et la seule fortune où j'at=
tache mon ambition? Et maintenant, adorable Angélique, prononcez sur ma destinée : dois-je espérer ou mourir sous vos yeux? fil tombe à ses genoux.)
ANGÉLIQUE
Que vousdirais-je? Pardonnez-moi mon trouble. . , C'est la première fois que j'entends d'aussi tendres paroles. . . mes yeux sont pleins de larmes si douces et si brûlantes, que c'est à peine si je vous vois... à mes genoux... Avez-vous un carrosse?
FRONTIN, se relevant Pouvez-vous en douter... ô Angélique?...
ANGÉLIQUE
Avec deux genêts d'Espagne ?
FRONTIN
Quatre genêts, ma reine... N'êtes- vous pas...?
ANGÉLIQUE
Et vous jouez du clavecin?
FRONTIN
Comme un ange;... le plus charmant objet...!
ANGÉLIQUE
Eh bien... (On entend un grand bruit. Angélique s'arrête et regarde du côté de la porte du fond.)
FRONTIN
Peste soit du fâcheux!