SCÈNE VIL
ROGER
Merci, mon brave Johann; je suis tout autre. (Apercevant Hélène et Charlotte qui sont assises près du rouet.J Ah î quelles sont ces deux charmantes personnes ?
JOHANN
Ma femme et ma belle-sœur, monsieur Roger. fSe rapprochant d'Hélène et de Charlotte qui causent ensemble, et les présentant tour à tour à Roger.) Ma
femme... madame Char madame Hélène; ma
belle-sœur, mademoiselle.... mademoiselle Charlotte. (A part.) Ouf!
Bien que je ne sois qu'un chasseur d'occasion, ces dames ne voudront pas sans doute me tenir plus longtemps rigueur et n'admettre que ce rouet dans leurs confidences?
HÉLÈNE, avec une timidité feinte.
Vous êtes bien bon.
CHARLOTTE, même jeu.
Vous êtes bien aimable.
JOHANN, à part.
Dieu ! que les femmes sont futées !
ROGER, s' adressant à Hélène.
Et depuis quand êtes-vous à Forbach ?
HÉLÈNE, avec hésitation.
Depuis... fElle se penche du côté de Charlotte comme pour la prier de venir à son aide.)
CHARLOTTE, bas à Hélène.
Depuis dix-huit mois.
nÉLÈXE, à Roger.
Depuis dix-huit mois, monsieur.
ROGER
Et maître Johann est un bon mari sans doute ?
CHARLOTTE, Vivement.
Excellent, monsieur, excellent.
ROGER
Peste, mademoiselle Charlotte, comme vous prenez feu pour monsieur votre beau-frère ! Savezvous bien que cet empressement à faire son éloge pourrait donner à supposer qu'il n'est pas sans reproche?
HÉLÈNE
Pardon, monsieur; Johann est le meilleur des maris, et si jamais vous prenez une femme... Vous n'êtes pas marié ?
ROGER
Non, madame; dois-je le regretter?
HÉLÈNE
Je l'ignore; mais, dans ce cas, mettez dans la corbeille de noce, que vous offrirez à votre fiancée, toutes les bonnes qualités que Johann avait mises dans la sienne, et je vous prédis le plus heureux ménage.