ZOÉ, BERNARDET, CÉSARINE
BERNARDET, à Césarine.
J'ai reçu ma nomination ; je suis professeur, grâce à vous, qui èlcs mon bon ange. .Mais en revanche j'arrive de Saint- Denis avec Montlucar, (a Zoé.) votre mari, qui m'a ramené dans son tilbury.
ZOÉ et CÉSARI.NE, vivement.
Eh bien?...
BERXARDET, à Césanne.
Eh bien ?.
[Regardant Zoé arec inquiétude.) CÉSARINE, montrant Zoé.
On peut parler devant elle.
Eh ! oui, docteur, je suis des vôtres !
BERNARDET, se frottant les main».
Eh bien ! madame, tout va au mieux.
CÉSARINE
Comment cela?
RERNARDET.
Nous sortons de l'assemblée préparatoire du premier collège, où j'ai l'honneur d'être un des plus imposés. Oscar a parlé aux électeurs, et sa petite improvisation a produit le meilleur effet, sauf un ou deux endroits où il a manqué de mémoire. Mais le discours est fort bien ; c'est notre camarade Saint-Estève qui l'a composé, et nous le ferons paraître, ce soir, avec des notes et des réflexions impartiales du rédacteur, et entre parenthèses : « Marques d'approbation générale. »
CÉSARINE
Toute l'assemblée était donc pour lui ?
BERNARDET
Du tout; un tiers seulement, composé de nos amis, des chefs d'ateher de M. de Montlucar et de quelques badauds indécis qui étaient de notre opinion, parce qu'ils s'étaient mis à côlé de nous en entrant dans la salle. Le reste était contre, et semblait disposé à faire de l'opposition. Alors j'ai eu recours aux grands moyens. J'ai pris à partie noire candidat, et je l'ai, ma foi! malmené... je l'ai attaqué violemment sur ses opinions.
CÉSARINE
Il n'en a jamais eu.
BEUNARDET.
Tant mieux ! on a de l'espace dans tons les sens. Je lui ai crié : « Monsieur! je ne m'en cache pas, vous n'êtes pas mon can'lidat; je vous repousse pour telle et telle raison ! » Et je l'ai accablé; mais Oscar a repris la parole, et a répondu alors...
CÉSARINE
Quoi donc?
BERNARDET
Le second discours préparé pour sa réplique... Cette foislà il ne s'est pas trompé; il a eu de la chaleur, il a été beau, il a rétorqué tous mes arguments; j'ai été obligé d'en convenir, et nos camarades se sont écriés : « Vous l'entendez ! ses ennemis eux-mêmes sont forcés de lui rendre justice ! » et ce dernier coup de théâtre, adroitement ménagé, a entraîné les innocents, les candides, les moutons de Panurge, ceux qui, sans le savoir, font toutes les majorités, et qui maintenant sont plus enragés que les autres.
Voilà, belle Emilie, à quel point nous en sommes.
ZOE, à Césarine.
Ils nommeront Oscar.
BERNARDET
J'en réponds! Je réponds du premier collège; et c'est ce soir une affaire enlevée, pourvu que, de son côté, votre mari présente votre jeune cousin au second collège où sont vos métayers, vos fermiers, tous gens qui dépendent de lui; c'est essentiel, et vous y avez déjà songé, car je vois monsieur le comte tout habillé, et prêt à sortir.