‹ Comédies, dramesChapitre 119 sur 170 · AGATHE, CÉSARINE, EDMOND, ZOÉ, BERXARDET · texte numérisé non relu

AGATHE, CÉSARINE, EDMOND, ZOÉ, BERXARDET

Césanne s'assied au milieu du IhéAire, devant un métier à tapisserie ; Agathe est assise à gauche, et brode ; Zoé, près de la table à droite, fait du filet; Bernardet, debout, le dos à l,i cheminée. Edmond entre et salue les deux daines.

EDMOND, à Césnrine, d'un air froid.

C'est bien indiscret, sans doute, de me présenter ainsi chez vous, madame. La nouvelle que je viens d'apprendre me servira d'excuse. Est-il vrai que M. de Miremont soit aussi mal qu'on le dit?

Mais il n'est pis bien ; voici monsieur Bernardet. qui le soigne...

ED.MOND, saluant à pe-ne Bernardet. et so tournant du coté de Zoé.

Pille me fait trembler !

CÉSARINE

Et nous ne sommes pas sans espérances pour une santé (jui, ainsi que nous, vous intéresse...

Plus que je ne peux vous dire, madame. M. de Miremont lut l'ami de mon père, il fut le mien, et s'il a cessé de l'ctre, ce n'est pas lui que j'ai jamais accusé.

CÉSARIVE.

Et qui donc, monsieur, accuseriez-vous ?

Ne me le demandez pas, madame, car je suis la franchise ni''mc, et je vous le dirais.

CÉSARl.NE, souriant.

Peut-être vous tromperiez- vous?

EDMOND, avec colère.

Eli ! madame !...

ZOÉ, à part.

L'imprudent !

Pardon ! j'oubliais que je suis chez vous.

(Césarine, d'un air aimable, fait si^'ne à Edmond de s'asseoir; celui-ci va chercher une chaise au fond du théâtre et rient s'asseoir entre Césarine et Zoé. Tout cela s'exécute pendant l'aparté qui suit.) BERNARDET, pr^s de Zoé.

Le diable m'emporte si je sais pourquoi elle le protège ! car il n'est pas aimable, (a demi-voix.) Et à moins qu'il n'y ait de l'amour sous jeu...

ZOÉ, de même.

Peut-être bien.

BERNARDET

C'est différent, tout s'explique.

CÉSARINE, toujours à travailler.

Ainsi, monsieur Edmond, et d'après votre aveu, vous venez ici exprès pour me chercher querelle ; c'est bien.

Non, madame; je ne croyais pas, je l'avoue, avoir le plaisir de vous rencontrer.

CÉSARINE

Ce qui veut dire que ce n'est pas pour moi que vous veniez.

Je m'en accuse, madame.

ZOÉ, à part.

Maladroit !

J'ignore pour quelle raison madame de Montlucar m'avait écrit de venir la trouver ici.

I,A CAMARADEniE

CESARINE.

Ah! Zoé vous avait écrit... d'elle-même... sans m'en prévenir ?

ZOE, vivement.

Oui, madame.

CÉSARINE, à part, avec satisfaction.

C'est bien; c'est de l'intelligence.

J'ai pensé que mademoiselle Agathe avait quelques ordre> à me donner.

AGATHE

Moi ! monsieur ?

ZOE, laissant tomber à terre son peloton.

Aïeî ma soie!

(Eilmoml se baisse pour ramasser le peloton, qu'il lui rend.j ZOÉ, à demi-voix, et rapidement.

Ne parlez pas à Agathe, ne la regardez pas, tant que sa l)elle-mt're sera là.

EDMOND, de même.

Pourquoi ?

ZCfb, de même.

Parce que!...

CESARINE, toujours occupée à travailler.

On assure, monsieur de Varonnes, que vous vous mettez sur les rangs pour la députa tion de Saint-Denis.

J'y ai renoncé, madame.

CÉSARINE

Et pourquoi donc? vous auriez des amis...

J'en doute ; je n'en connais pas un qui voulût me servir.

;3ii coMKniEs — drames

CliSARlNE.

Pas un?... Voilà de l'exagération.

En etïet, je me trompais... il m'en est arrivé un que je ne connais pas et que je n'ai vu qu'une fois en ma vie... hier, à un déjeuner chez M. Oscar... c'est, je crois, M. Dutillet qu'on le nomme... un Hbraire...

BERXARnET, lias à Zoé

Un des nôtres que j"ai prévenu !

Je le rencontre tout à l'heure dans la rue; il vient à moi et me tend la main. « Quand j'ai des torts, me dit-il, je les reconnais. Je sais maintenant que, de tous les candidats, c'est vous qui avez le plus de titres, et vous aurez ma voix ; car j'ai été éclairé sur votre compte par un ami... » Et cet ami, quel f'?t-il ?

BERNARDET, s'avan^nnt avec noblesse.

C'est moi, monsieur !

EDMOND, se levant.

Vous !

BERNARDET

Oui, jeune homme, j'ai parlé en votre faveur.

Après ce qui s'est passé entre nous !

BERNARDET

Cela n'y fait rien 1 Je ne vous aime pas! je suis trop franc pour dire le contraire... je ne vous aime pas !... mais je vous

estime ! (Montrant Césarine et Zoé.) CcS dCUX damCS VOUS diront

que tout à l'heure encore je faisais votre éloge !

ZO:': e; CÉSARINE.

C'est vrai.

AGATHE, étonnée.

Est-il possil)le !...

J.A CAMAUAOERIE 345

KDMUM).

3Iui qui vous ai otït'usc !

Cela vous prouvera que si je cherche à ni'avanccr dans le monde, parce que chacun pour soi et Dieu pour tous, comme dit le proverbe, cela ne m'empêche pas du moins de rendre justice au mérite quand par hasard il se rencontre... Oui, monsieur, je vais de ce pas parler pour vous à tous nos amis, à tous les électeurs que je connais !... et pour cela je ne vous demande rien, pas même de la reconnaissance... Adieu, mesdames...

(D son.)

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