SCÈNE VII
AGATHE et CÉSARINE assUes, EDMOND debout, ZOÉ assise. EDMOND.
Ah I le galant homme I et que j'ai été injuste envers iuil
CESARINE, toujours travaillant.
Envei-s lui seul? non... et il en est plus d'un encore ([ue vous avez méconnu et outragé.
Oue voulez-vous dire ?
CÉSAniNE.
Que vous envisagez toujours les choses du mauvais côté, que vous voyez tout en noir ! que votre caractère sombre cl misanthrope vous montre partout des pièges, partout des ennemis.
ZOÉ
C'est assez juste !
Avais-je tort, quand jusqu'ici tout semblait se réunir puur m'accabler? lorsqu'au palais, dans le monde, dans les journau.x...
346 COMÉDIES — DHAMKS
ZOÉ, Jisant un journal qu'elle vient de prendre sur In table.
« Un grand nombre d'électeurs de l'arrondissement de « Saint-Denis paraissent réunir leurs suffrages sur l'honora- >( ble M. Edmond de Varennes. Si un talent éprouvé, si un « caractère irréprochable, si le plus ardent patriotisme sont « des titres que le pays demande dans un député, on peut « assurer d'avance que l'unanimité des votes est acquise ""à '( M. de Varennes... »
AGATHE, à part.
Quel bonheur!...
Est-il possible? ce journal qui a toujours dit du mal de moi !
ZOÉ, lisant.
« Tout le monde connaît, tout le monde a admiré, dans «. l'affaire de Miremont, son magnifique plaidoyer, où brillent < au plus haut degré l'érudition, la chaleur, l'éloquence, » et cœtera, et cœtera. Suivent deux colonnes d'éloges que j'épargne à votre modestie.
AGATHE
On lui rend donc justice !
EDMOND, stupéfait.
Lui! qui hier encore disait précisément le contraire... Qu'est-ce que cela signifie ?
CÉSARINE, travaillant.
Que les jours se suivent et ne se ressemblent pas.
AGATHE, de même.
Que tôt ou tard on reconnaît le vrai mérite.
ZOÉ, de même.
Qu'ainsi l'on a grand tort de perdre courage.
CÉSARINE
D'abandonner la partie.
ZOE.
Et surtout de vouloir se tuer.
EDMOND, à Zoé.
Taisez-vous donc !
ZOÉ
Non, monsieur, non ; je le dirai tout haut. C'est indigne de se défier ainsi du ciel et de ses amis.
Je ne puis en revenir encore... Est-ce un rêve? Moi qui me croyais abandonné de tous , qui désespérais de moimême I
AGATHE, se levant.
C'était là le mal !
Et votre père, M. de Miremont...
CÉSARINE, se levant.
' Vous est tout dévoué ; il parlera, il écrira en voire faveur, et si sa santé le lui permettait, il sortirait pour vous présenter lui-même aux électeurs.
0 ciel ! qui donc a dissipé ses préventions, qui a daigné plaider ma cause auprès de lui? (Regardant Agathe.) Ah ! je devine.
ZOE, vivement et passant près de Césarine.
Une personne que vous accusiez !... sa femme !
Sa femme ! . .
ZOÉ
Oui, monsieur, j'en suis témoin ; c'est madame dont l'appui généreux...
CÉSARINE
J'avais à me venger de vous, monsieur; je l'ai fait.
3iH COMKUIKS DRAMES
AGATHE, bus.
Je ne la reconnais |)lus 1
ZOK, de même.
Quand je nie mêle de quelque chose..,
CÉSARINE
Je suis seulement fâchée que l'indiscrétion de Zoé vous ait appris une démarche que vous deviez toujours ignorer. Je sais la manière dont vous me jugez...
Il est vrai que jus(iu'ici j'en conviens je n'ai point
caché auprès de certains amis...
ZOÉ
Auprès de moi.
Ma façon de penser, et j'ai eu tort. C'est avec vous, madame, la loyauté m'en faisait un devoir, c'est avec vous que j'aurais dû m'expliquer.
ZOE, effrayée.
V pensez-vous ?
CÉSARIXE.
Pourquoi donc ? ce que j'estime le plus au monde, c'est la franchise.
EDMOND, vivement.
Et je vous dirai tout, madame ; vous connaîtrez la vérité.
ZOÉ, à part.
Il me fait trembler.
CÉSARINE
Parlez. (On entend plusieurs coups de sonnette.) C'cSt cllCZ mon
mari.
ZOÉ, vivement.
Il peut recevoir; et si M. Edmond veut se présenter...
CÉSAUINE.
Un instant ! Voyez, je vous prie, ma chère Agathe, ce que veut votre père ; car j'ai besoin, pour cette élection, de m'entendre un instant avec M. Edmond.
AGATHE, gaiement.
Oh ! volontiers; je vous laisse. (Bas à Edmond.) Faites, monsieur, tout ce qu'on vous dira ; moi, de mon côté, je vais parler de vous à mon père, (a part.) Je n'y comprends rien ; mais tout va bien.
(Elle sort par la porte à droite.)