SCENE IX
EDMOND, CÉSARLNE.
CÉSARINE, à part.
Ce n'est pas sans peine ! elle voulait rester... Les femmes sont si curieuses !
■ En vérité, madame, j'ai peine à me persuader ce que je vois et ce que j'entends...
CÉSARINE
Oui, l'on a de la peine à s'avouer qu'on a été injuste.
Moi!
CÉSARINE
Vous m'avez promis de la franchise !
Et je tiendrai parole, au risque de me perdre... EIi bien! oui, j'étais persuadé que vous étiez mon ennemie, que vous aviez pour moi de l'aversion, de la haine ; bien plus, car je n'ai jamais su feindre, il me semblait que vous ne négligiez pas une seule occasion de me nuire.
CÉSARINE
Je laisse à mes actions le soin de répondre.
352 COMÉDIES — nnAMKS
EDMOND, avec embarra».
Dans ce moment, il est vrai...
Cl':SARINE.
Remettez-vous ; je ne veux pas abuser de mes avantages. Parlons d'abord de vous, de vos intérêts... je n'ai que ce moyen-là de me détendre. Cette nomination de député vous lient donc bien au cœur ? c'est donc là l'objet de tous vos désirs, de toute votre ambition ?
Non, madame !
CÉSARINE
Comment, non?
"Vous voyez que j'ai en vous plus de confiance que vous ne pensez ; mais votre bonté, votre générosité m'encouragent tellement, qu'à présent je croirais vous faire injure en ne vous ouvrant pas mon cœur tout entier.
CÉSARINE
Et vous avez raison I
Eh bien! madame... je n'ai pas les idées que l'on me suppose ; je désire la considéralion, non pour elle-m'me, mais parce qu'elle me rapprocherait d'une personne dont, en ce moment, je suis trop loin... par malheur.
CÉSARINE
En vérité, c'est là le motif...
Je n'en ai pas d'autres, je vous le jure. Ce n'est pas l'ambition qui remplit mon cœur ; c'est une autre passion que depuis longtemps je voudrais me cacher à moi-même et que je n'ai jamais avouée, pas môme à celle qui en était l'objet.
CÉSARINE
El pourquoi donc?
Parce que jusqu'à présent j'étais sans espoir.
CÉSARINE
Vous avez donc de l'espoir maintenant?
D'aujourd'hui seulement.
CÉSARIXE.
Comment cela?
Ah ! je voudrais et n'ose vous le dire !
CÉSARINE
Pourquoi ? Est-ce que je connais la personne î
Oui, madame, beaucoup.
CÉSARINE, souriant.
En vérité ! parlez... Si j'ai quelque pouvoir...
EDMOND, Tivement.
Un très-grand ! Vous pouvez beaucoup sur elle ; et s'il faut vous l'avouer, vous pouvez tout !
CliSARIiNE, jouant l'étonnement.
Que voulez-vous dire ?
Que de vous seule dépond mon bonheur ! Un mot de vous, et je n'ai plus rien à désirer ! Oui, celte amitié que vous m'offrez si généreusement, j'y crois désormais, je l'implore, et si vous me secondez, si vous parlez pour moi, je suis sûr d'obtenir sa main.
CÉSARINE
Sa main... qui donc?
Agathe ! votre belle-fille 1
35 i COMKDIKS — DRAMES
CÉSARINE
0 ciel!
Oui, madame.
SCÈXE X.
ED:\I0ND, CÉSARINE, ZOÉ, ouvrant Tivement In porte. ZOÉ.
Qu'est-ce? qu'y a-t-il?
CÉSARINE, à Zoé.
^Monsieur qui me demande la main d'Agathe, ma bellefille!
ZOÉ
Mon Dieu !
CÉSARINE, regardant Zoé.
Qu'il aime... qu'il adore. . depuis longtemps...
Oui, je n'ai jamais aimé qu elle 1
Vous l'entendez!
ZOÉ
y pensez-vous ?
(Elle veut passer près d'Edmond, et Césorine la retient par la maîn.) EDMOND, vivement.
Oh ! je lui ai tout dit, tout avoué. Elle est si bonne, si généreuse ! elle m'a promis son appui.
CÉSARINE
Certainement ; trop heureuse de vous protéger, de vous servir...
(Elle va à la cheminée et sonne vivement.)
LA CAMAKADEIUE 355
ZOÉ
De vous servir... vous !
EDMOND, ù Zoé.
Eh ! oui, vraiment... vous l'entendez !... je n'ai maintenant que des amis.
CliSARI.NE.
Mes clievaux à l'instant ; il faut que je sorte !
EDMOND, passant pès de Césarine.
Ah! madame, que de reconnaissance!
CÉSARINE
Oui, oui, comptez sur moi tous les deux! je vous le promets, je vous le jure !... A bientôt, Zoé ; nous nous reverrons.
EOMOND,
Je cours chez M. de Miremont.
CÉSARINE
Et moi, chez le ministre... Il sera temps encore... je l'espère.
(EUe sort par la porte à gauche.) EDMOND, entrant chez M. de Miremont à droite.
Ah ! je suis sauvé !
ZOE, sortant par la porte du fond.
11 est perdu ! ! I