M. DE ROL'VR.VV
Et comme j'avais un service à te demander...
DHEX.XEBON.
Parle, mon ami !
M. DE ROLVRAY.
Je n'ai pas voulu, comme je te l'ai dit, m'exposer aux chances du mariage et à tous les tracas qui en sont la suite ! grâce au ciel, un garçon n'a pas d'enfants, n'a pas d'iiéiitier direct... mais... mais... il a quelquefois par-ci... par-là... des tilleuls!...
386 COMKDIES DUAMKS
DHENNEBON.
El tu as des filleuls?
M. DE KOUVRW.
J'en ai un dont je ne conviens pas, excepté avec toi ; un joli garçon, je m'en flatte... que j'ai élevé d'après mon système, dans des idées jeune France... des idées de progrès.
DHENNEBON.
Et en fait-il... des progrès?
M. DE ROUVRAY
Du tout... d'abord, il n'a pas voulu rester au collège, où je l'avais mis, jjarce qu'il trouvait humiliant d'obéir à ses maîtres ; de même chez le notaire, chez l'avoué, dans toutes les professions que je lui ai données... il ne veut être lien... que libre...
DHENNEBON.
C'est un bel état !
M. DE ROUVRAV.
Oui, mais très-cher... pour moi du moins! et, pour me débarrasser de hû, j"ai pensé à la carrière des places... Peux-tu, pour connnencer, le faire entrer surnuméraire dans ton bureau ?
DHENNEBON.
J'en dirai deux mots à notre chef de division, (jue je vois aujourd'hui à Passy ; et dès qu'il saura (jue c'est pour toi...
M. DE ROUVRAV.
Garde-t'en bien !... je ne dois pas paraître ; parce que, dans ma position... si je demandais quelque chose au pouvoir... moi, député indépendant ! tous mes amis pohliques me toml)eraienl sur le corps !
DHENNEBON.
Tu n'es donc pas libre de faire ce que lu veux ?
M. DE ROUVRAV.
Non, mon ami ! voilà pourquoi je me coniie à Ion obli-
geance et à ta discrétion : de mon côli', si je puis te rendre quelque service, te donner une position indépendante !...
DHENNEBON.
Voilà !... il n'y a que cela qui manque à mon bonheur! les six mille francs du gouvernement sont là comme un poids... que je voudrais augmenter!... parce que six mille francs, avec femme et enfant, ce n'est pas vivre !
M. DE ROUVRAY
Je t'en ferai avoir douze , quinze, plus encore , si lu veux ; et, pour commencer, prends d'abord de nos chemins de fer... je suis un des administrateurs... cinquante pour cent de bénéfices, et si lu veux vingl-cinq actions, je n'ai qu'un mot à dire à mon neveu l'agent de change !
DHENXEBON.
Ah 1 ton neveu est agent de change ?
M. DE ROUVRAY
Oui, l'aîné, Léon de Saint-Rambert ; et son frère, Edgard, est dans le militaire... officier supérieur, aide de camp du prince, il est fort bien en cour... un garçon charmant que je loge chez moi, à Paris.
DHEXNEBON.
Malgré tes opinions !... et tes amis poUtiques?...
M. DE ROUVRAY
Cela a fait d'abord quelques difficultés... mais ils me permettent d'être oncle !...
DHENîVEBON.
Ce n'est par un emploi salarié !...
M. DE ROUVRAY
Au contraire!... et à propos de cela, mon neveu Edgard avait quelque chose à demander au ministère de la guerre... je lui ai conseillé de s'adresser à loi, et il a dû aller à ton bureau...
. :]>iH COMÉDIES DRAMES
nilKNNIOBOX.
Aujoui'iriiui !... il 11 (''II'' ù mon l)urcau!...
M. DE ROUVRAV.
Oui, mon ami !
DHEN.NEBON.
Eh bien! il csl plus liabilo que moi... qui n'ai pas ]>u y mettre les ])ictls! le pauvre garçon aura l'ail une course iimtile.
EDGARD, en dehors.
Ail ! 31. Dlionnehon est encore ici !
M. DE ROUVRAY
Tiens!... c'est lui!... qui, ne te trouvant pas au ministère, sera venu te réclamer jusque chez toi !