‹ Comédies, dramesChapitre 138 sur 170 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

M. DE ROUVRAY, DHENNEBON.

DHENNEBON, d'un air d'importance à sa femme qui sort.

C'est bien... c'est bien, ma bonne, (a m. de Rouvray.) Excellente femme!!... et si lu te maries jamais, je t'en souhaite une pareille !

M. DE UOUVRAY.

Moi!... me marier!... Il se peut que, pour des raisons de convenance ou d'intérêt, cela m'arrive un jour!... mais jusqu'à présent, grâce au ciel, je suis resté célibataire !...

Cela m'étonne !... toi qui as toujours adoré les femmes !

M. DE KOUVRAV.

Raison de plus! parce qu'un garçon, vois-tu bien...

DHENNEBON.

.le comprends !... des passions !... des conquêtes !

M. DE ROUVRAY

Plus que je ne veux !

38i COMÉDIES — DKAMES

DUENNKBOX.

Est-il heureux !... voilà une existence d'homme !... Moi, si je n'avais pas enchahié ma liberté, j'aurais voulu comme toi être homms à bonnes fortunes!.,, c'est un bel état !...

M. DE ROUVRAY

Mais oui !... malgré la concurrence... je le le dis sans vanité, parce que ces succès-là... ce n'est pas à moi que je les dois... c'est à ma fortune... à ma position politi({ue... Je mo suis fait quelfjue réputation à la tribune ! Je suis de l'opposition, je suis avocat, je jjarle... quoi (ju'il arrive, je parle toujours contre... je suis indépendant.

DHEN.NEBON.

Est-il heureux !...

M. DE ROUVRAY

Voilà comment nos amis m'ont fait nommer à cent lieues d'ici, dans un département...

DHEXNEBOX.

Oà tu es connu?

Je n'y avais jamais mis le pied !

DIIENNEBOX.

Au lieu de se donner la peine de choisir quelqu'un de leuiendroit !...

M. DE ROUVRAY

Que veux-tu ! Ils avaient cet autonme leurs vignes et leurs vendanges, ils ne pouvaient pas s'occuper de leur opinion...

leur en faut une toute faite ! dans la province, d'ailleurs, c'est l'usage, on fait tout venir de la capitale ! et un mandataire qu'on leur envoie de Paris leur parait bien j)lus beau qu'un député du crû... quelque bon propriétaire... qui s'occuperait de leurs affaires... mais qui ne parlerait pas! Tu ne peux l'imaginer quel effet cela produit quand le journal arrive, et qu'ils se disent : « rsotre député a parlé ! v

LES IN DÉPENDANTS 38r'

DHENiNEBUN.

Même quand il ne parle pas d'eux !

M. DE UOUVRVV,

C'est égal !... c'est un grand bonheur pour le d(îi)arleiueul ! Et puis, ils ont un avantage avec moi : je heurte tout le monde, je ne pense jamais comme les autres, et, (juand on est de mon avis, je n'en suis plus!... l'indépendance avant tout !'

DHENNEBON.

ïu as raison ! voilà l'iiomme hhre ! il n'est soumis à rien... tandis que moi, obligé par ma place de répondre au public, d'obéir au chef de division, au ministre, au conseil d'État, à tout le monde!... tremblant devant le pouvoir! encliaùié, comme un forçat, à un bureau impitoyable !... (Tirant ^^ montre.) Dcux lieures dans l'instant !... j'aurai aussitôt foit de ne pas y aller aujourd'hui 1 (Reprenant.) Enfin, mon ami, l'esclavage administratif est une tyrannie de tous les moments ; tandis que toi !...

M. DE UOUVRAY.

Je brave tout !... je suis au-dessus de tout ! je n'ai besoin

de ])ersonne !

Ce cher ami !

DIIENNEBOX.

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