‹ Comédies, dramesChapitre 19 sur 170 · LÉOPOLD, ALBERTINE · texte numérisé non relu

LÉOPOLD, ALBERTINE

ALBERTINE, ù part, et se jetant dans un fauteuil.

Et Dcsrosoirs qui ne revient pas !...

LKOPOLD.

A merveille ! puisqu'il nous laisse, reprenons, de grâce, la conversation que son arrivée avait interrompue.

ALBERTINE,' avec impatience.

C'est bien... dans un autre moment.

LÉOPOLD

Non pas... vous voulez éloigner l'explication.

ALBERTIXE.

Moi!... une explication!... et à quel propos... et sur quel sujet ?

LÉOPOLD

Eii! mon Dieu! en quoi vous ai-je offensée?... et doù vient un tel changement?

Un changement!... et où voyez-vous cela?

LliOPOLD.

.Mais en tout ; dans vos traits, dans vos discours... dans l'émotion de votre voix... dans l'agitation où vous êtes, et dont je cherche en vain la cause.

ALBERTIXE.

Kt qui vous dit, monsieur, qu'elle en ait une?

LÉOPOLD

A coup sûr elle en a une; sinon, je vais croire, comme je vous le disais tout à l'heure, que c'est un de ces caprices soudains... un de ces moments d'humeur dont mon amitié se plaignait.

ALBERTIXE.

Et quand il serait vrai?... quand je serais aussi bizarre, capricieuse... insupportable, que vous voulez bien le supposer... croyez-vous que ces questions, ce flegme, ce sani,'froid, soient bien propres à me calmer?... Eu vérité, il est des gens qui ne comprennent, qui ne devinent rien.

LÉOPOI.D.

Eh! comment voulez-vous que je devine un pareil secret?

ALBERTIXE.

(]e secret cependant n'est pas difficile à pénétrer... c'est (jue je veux être seule... c'est ([ue votre présence m'irrite... m'agace... m'impatiente.

0 ciel!... c'est à moi que vous parlez ainsi... à un ami!...

ALBERTIXE.

Eh ! mon Dieu ! parlez moins de votre amitié, et donnezm'en des preuves !

LÉOPOLD, vivement.

Et lesquelles exigez-vous?... parlez!

ALBERTIXE.

Je vous l'ai déjà dit... que vous me laissiez... que vous sortiez.

LÉOPOLD

Est-ce bien vous que j'entends ? vous qui me renvoyez, qui me chassez!... Ce n'est pas votre cœur qui a dicté un pareil arrêt, et je ne veux y voir qu'un instant d'humeur et de dépit.

ALBERTINE

De rimmeur... du dépit... Non, monsieur... je suis cahne... je suis de sang-froid... et puisque vous m'avez si bien dit mes défauts... je vous dirai les vôtres ; je vous dirai que ce qu'il y a de plus insoutenable et de plus ridicule à la fois, c'est de vouloir gratifier les gens malgré eux de conseils qu'ils ne demandent pas, d'une présence qui les fatigue, et d'une amitié à laquelle ils renoncent.

LÉOPOLD

C'en est trop!... et je serais le dernier des hommes, je m'avilirais à mes propres yeux, si, après un pareil outrage, je pouvais conserver encore des sentiments que j'abjure, et que je sais le moyen d'oublier à jamais... Oui, madame... oui, à lïnstant même... je vous prouverai qu'il en est d'autres qui plus que vous méritent ma tendresse.

Eh! monsieur!...

LÉOPOLD

Mais ce n'est pas à vous, qui ne m'êtes plus rien, c'est à votre mari... que je veux et que je dois confier mes projets.

(il sort par la porte à gauche, qui conduit au cabinet de M. Dulistel.)

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