SCÈNE VIII
ALBERTINE
Enfin il est parti!... je ne sais pas ce que je lui ai dit; mais, si je l'ai fâché, si je l'ai mis en colère... tant mieux : je ne serai pas seule en colère ! car j'éprouvais, depuis uu
quart d'heure, des mouvemenls de dépit et de fureur... que sa présence irritait encore... Ils réussissent tous!... Ils gagnent tous!... jus(iu"à mon mari... Il n'y a que moi... moi seule. que la fortune semble poursuivre!... Ah! j'en pleurerais de rage... ma tète est en feu! je brûle... j'ai la fièvre... et Desrosoirs qui ne revient pas! Qu'ont-ils fait?... que so passe-t-il?... Si je pouvais lesavoir... si je pouvais y courir?... Mais non... moi! une femme! il faut rester ici pour mourir d'inquiétude! Les hommes sont bien heureux!... ils sont là du moins! ils peuvent se ruiner eux-mêmes!... ils savent leur sort !... ils n'ont pas comme moi à compter les instants ni ces minutes d'attente qui abrègent ma vie !... Et si on venait... si on me voyait dans cet état... je suis affreuse,
j en SUIS sure !... (Arrangeant ses cheveux devant la glace qui est audessus delà cheminée.) Mon Dieu!... mon Dieu! Si je puis sortir de l'embarras oîi je me trouve... si mon mari, si le monde n'en savent rien, je ne jouerai plus... je ne jouerai jamais !... je le promets... je le jure... et le ciel qui m'entend viendra à mon aide... Eh! mon Dieu oui! tout espoir n'est pas perdu... je suis là comme une folle... je me désespjre... je perds la • tête... et sans doute mon agent de change aura fait comme mon mari... il n'aura pas tenu compte de mes ordres. Voyant cette baisse subite... au lieu d'attendre deux jours encore... il aura vendu sur-le-champ... n'importe à quel prix... nous gagnerons moins, voilà tout... mais nous gagnerons encore... c'est cela même... j'en suis sûre.
(Apercevant Desrosoirs. j