SCÈNE II
DULISTEL, puis COELIE.
DULISTEL.
C'est, le diable m'emporte! un héros de roman... un paladin... Si celui-là entend jamais les affaires!... il fait bien de se marier, il n'est bon qu'à cela... Ah! voici l'autre héroïne... Déjà prèle, ma chère belle-sœur!
CŒLIE.
Je ne suis jamais longue à ma toilette.
DULISTEL.
C'est r[ue vous n'êtes pas coquette.
CŒLIE.
Peut-être bien, mais à quoi bon?... je n'ai besoin de plaire à personne.
DULISTEL.
Il ne faut pas dire cela ce soir!... (a part.) Je puis bien, sans manquer à ma parole, lui parler avec adresse, vaguement, et en général... (Haut.) Cœlic... venez donc ici!
CŒLIE.
Quel air de finesse et de mystère ! Est-ce que vous avez une confidence à me faire ?
C'est possible : que diriez-vous si l'on vous proposait de vous marier?
CŒLIE.
Est-ce élonnanl!... et vous aussi! Voilà précisément la question que ma sœur m'a faite il y a une heure.
DLLISTEL.
Et que lui avez-vûus répondu?... eh bien?...
C(XLIE, après un instant de silence.
Que je ne voulais pas!... et alors elle m'a embrassée avec joie !...
DLLISTEL.
Elle vous a embrassée?...
CŒLIE.
Oui, vraiment ! et je craignais que vous n'en fissiez autant. Voilà pourquoi j'hésitais à répondre.
DLLISTEL, avec colère.
11 s'agit bien de celai... il vous sied bien de refuser, de faire la tière, à vous qui êtes sans fortune, qui n'avez rien. Et pourquoi ne voulez-vous pas?... pourquoi refusez-vous votre bonheur?
CCELIE, reculant avec effroi.
Ah ! mon Dieu!... il me fait peur... (Tremblante.) Parce que je n'aime pas les maris méchants... qui se mettent en colère... et, comme je ne vois que cela tous les jours, j'aime mieu.x renoncer au bonheur... et ne pas me marier...
DULISTEL.
Silence donc !
cœLIE, à haute voix.
•J'aime mieux rester fiUe!...
DLLISTEL, à d mi-voix.
Voulez-vous ne pas parler si haut !
cœLiE.
Ah ! mon Dieu !
DULISTEL, A part et la prenant par la main.
Si près de ce petit salon d'où l'on peut tout entendre!...
(L'emmenant de l'autre côté à gauche, et à voix basse.) SaVCZ-VOUS,
imprudente que vous êtes, qu'un superbe parti se présente pour vous en ce moment?...
cœLiE.
Peu m'importe !
DULISTEL.
Qu'un jeune homme qui tient à être aimé pour lui-même... vous demande en mariage ?...
COELIE.
Je n'en veux pas! ♦•
DULISTEL.
Que ce jeune liomme est M. Léopold de Mondeville?...
SCELIE, poussant un cri en mettant la main sur son cœur, et toute tremblante de joie.
Ah!... qu'avez-vous dit?... est-ce bien vrai?... répétez encore, répétez ce nom-là...
DULISTEL.
Léopold !
COELIE, vivement^
Je veux bien... mon beau-frère... je veux bien...
DULISTEL,
Vous savez s'il est riche !.. .
COELIE, vivement.
Je ne tiens pas aux richesses...
DULISTEL.
Et il vous reconnaît une dot de cinquante mille écus.
COELIE, de même et sans l'écouter.
C'est égal!... je veux bien!... Quoi! c'est lui, vous eu êtes bieu sûr?... 0 mon Dieul... mon Dieu!... je suis folle... je perds la tête... c'est mal!... je ne devrais pas être
contente... surtout devant quelqu'un... vous n'en direz rien... vous ne lui direz pas?
DULISTEL.
Non certainement... C'est ma femme... (a pnrt.) Elle aura beau dire et beau faire maintenant... (Regardant Aibertinc, Cœiic
et la porte du cabinet où est Léopold.) Jc pCUX leS laisser, je Crois,
tous les trois... en famille.
(il sort par le fond.)