‹ Comédies, dramesChapitre 60 sur 170 · MARGUERITE, HENRI, NEUBOROUG, WALPOLE · texte numérisé non relu

MARGUERITE, HENRI, NEUBOROUG, WALPOLE

NEUBOROUG, accourant.

Ah ! mes amis... mes cliers amis !...

WALPOLE

Qu'as-tu donc?

NEUBOROUG.

Laisse-moi reprendre mes idées et surtout reprendre haleine ! Au moment où je sortais de fa salle à manger parla porte qui donne sur le parc, je me trouve face à face avec Sa Majesté qui me dit : « Monsieur Neuboroug. je serais enchanté de vous parler! » Et sans que j'aie eu le temps de me reconnaître, il me prend le bras, et nous voilà avec ce bon roi, nous promenant bras dessus bras dessous, sans façons, sans cérémonie, tout à fait à notre aise ; seulement j'étais un peu troublé, parce qu'un roi qui vous donne le bras... cela fait toujours...

Quoi donc?

NEUBOROUG, ù Marguerite.

Cela fait, mon enfant, que c'est très-honorable. Il est fâcheux seulement qu'il n'y ait eu là personne... parce que mes confrères, qui sont souvent si fiers et si importants, auraient vu que pour la première fois que je viens à la cour... (a Waipoie.) Enfin, et pour revenir à toi, le roi m'a d'abord parlé de mon élection, et quand il a su que mon intention était de refuser. « Je ne le veux pas, s'est-il écrié, je ne le veux pas ! Il nous faut à la Chambre des gens de talent, et surtout d'honnêtes gens. A ce double titre, vous resterez, je l'exige, pour moi et pour vous, car un ami de Walpole peut arriver à tout, peut tout obtenir de moi. » A ce mot, il

m'rst arrivé une inspiration, une idée d'en-haut!... celle de Ri'immoler pour toi... « Eh bien ! sire, lui ai-je dit, vous le voulez... j'accepte; mais, en revanche, j'implore une faveur de Votre Majesté. — Laquelle? parlez! » Et alors, soit que l'amitié m'inspirât, soit que déjà je me crusse à la tribune, j'ai été content de moi, j'ai été éloquent ; je lui ai peint avec chaleur mes craintes, mes inquiétudes sur l'état de ta santé; je l'ai vu ému, entraîné, et je me suis écrié : « Puisque vous l'aimez, ce fidèle serviteur, vous ne voudrez pas l'immoler; vous ne voudrez pas sa mort, et je vous réponds, moi, médecin, qu'il y va de sa vie !... » Oui, mon ami, je l'ai dit : « il y va de sa vie, s'il ne quitte pas les affaires, si vous n'acceptez pas la démission qu'il vous a offerte depuis si longtemps ! »

WALPOLE, avec anxiété.

Eh bien !... eh bien ! le roi a refusé ?

NEUBOROUG, avec enthousiasme.

Du tout!... il consent...

WALPOLE, stupéfait.

Que dis-tu?...

NEUBOROUG, tirant un papier de sa poclia.

Tiens! lis!... écrit de sa main royale!

WALPOLE, prenant le pnpier avec émotion, et lisant.

« Vous le voulez, vos amis le veulent, il y va, dit-on, de « votre santé et de votre existence, j'accepte à regret la dé- « mission que vous m'offrez... »

NEUBOROUG et HENRI.

Quel bonheur !

WALPOLE, continuant de lire.

« Je n'y mets qu'une condition, c'est qu'avant de vous re- « tirer, vous me désignerez vous-même votre successeur et « formerez le nouveau ministère qui doit vous succéder. » Ah ! je ne sais ce que j'éprouve.

L'AMBITIKUX 161

Le saisissement.

La surprise.

HENRI

NEUBOROUG.

WALPOLE

Oui, la joie... une joie imi)révue... Me voi/à donc libre... me voilà heureux!... cela produit un singulier effet...

Quand on n'en a pas l'habitude, et j'ai eu tort de t'annoncer ainsi sans ménagements, sans préparation... Que veux-tuV... j'étais si enchanté ! mais ce ne sera rien, mon ami, ce ne sera rien ; la joie n'a jamais fait mal, et j'espère que tu es content, que tu me remercies?...

WALPOLE

Oui, mon ami, oui, certainement; mais tu es sûr que le roi ne m'en voudra pas ?

NEUBOROUG.

En aucune façon, puisqu'il te charge de nommer ton successeur et de former toi-même le nouveau ministère.

WALPOLE

C'est vrai!

NEUBOROUG.

Nous pouvons maintenant nous renfermer dans ta résidence de Strawberry-Hill, rêver sous ses beaux ombrages, aux bords de ses eaux jaillissantes... Nous pouvons partir sur-le-champ...

WALPOLE

Pas aujourd'hui ! il y a conseil...

NEUBOROUG.

Tu n'y as plus que faire, tu n'as plus de conseil, plus d'ennui.

WALPOLE

Ah ! oui, c'est vrai!... Henri, tu diras alors à l'envoyé de

\Cf2 COMKDIKS — nilAMKS

Hanovre, à qui je n'avais pu donner audience, que je suis ])r6t à le recevoir... je l'allondrai.

NianoRouG.

Mais cola ne te rotçarde plus, tu n'as plus besoin de l'in- '|ui(jler de ces clioses-là... la matinée est libre... wuj'oi.i:.

C'est vrai !... tu as raison !... Alors, qu'est-ce que je vais l'aire ?

NEUBOROUG.

Dc'jounor d'abord... c'est l'essentiel.

WAI.POLE.

Ail ! c'est que je n'ai plus faim !

(Un domestique entre et remet une lettre à Henri.) NEUBOROUG.

Voilà... ce que c'est que d'attendre trop longtemps, (au domestique.) Faites servir votre maître ! (a Waipo'.e qui fait un geste d'impatience.} Oui, niou ami, quaud lu dcvrais te forcer un peu...

HEXHI, qui a décacheté la lettre, bas à Marguerite.

C'est d'elle ! (usant.) « D'importants événements se prépa- « rent, il faut que je vous voie aujourd'iiui à trois beures « dans la grande galerie. » (Avec joie.) Un rendez-vous !

MARGLERITE, à part.

0 ciel !

WALPOI.E, vivement.

Qu'est-ce que c'est?... une lettre?... c'est du roi?

HENRI

Non ! mon oncle...

Ni;UB0R0UG, entraînant Walpole.

Du roi ou d'un autre, qu'importe? Au diable maintenant les affaires sérieuses, il ne faut plus penser qu'au plaisir et

à la joie... (a Marguerite qui essuie une larme.) N'est-CC paS, ma

lille?...

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