SCÈNE VI HESPÉRIE, FILIDAN
HESPÉRIE
Cet amant s'est pâmé dès l'heure qu'il m'a vue ;
De quels traits, ma beauté, le ciel t'a-t-il pourvue ?
En sortant du logis je ne puis faire un pas
Que mes yeux aussitôt ne causent un trépas.
Pour moi je ne sais plus quel conseil je dois suivre.
Le monde va périr, si l'on me laisse vivre ;
Dieux ! que je suis à craindre ! est-il rien sous les cieux
Au genre des humains plus fati^l que mes yeux ?
Quand je fus mise au jour, la nature peu fine
Pensant faire un chef-d'œuvre avançait sa ruine.
On compterait plutôt les feuilles des forêts,
Les sablons de la mer, les épis de Gérés i.
Les fleurs dont au printemps la terre se couronne,
Les glaçons de l'hiver, les raisins de l'automne,
Et les feux qui des nuits assistent le flambeau,
Que le nombre d'amants que j'ai mis au tombeau.
Celui-ci va mourir, lui rendrai-je la vie ?
Je le puis d'un seul mot, la pitié m'y convie.
FILIDAN.
Bel azur, beau cor al, aimables qualités^!
HESPÉHIE.
Il n'est pas mort encore, il rêve à mes beautés. Le dois-je secourir ? j'en ai la fantaisie. Mais ceux qui me verraient mourraient de jalousie. Que mon sort est cruel ! je ne fais que du mal ;