Corai, corafl. (Ronsard
Et ne puis faire un bien sans tuer un rival, Je ne puis ouvrir l'œil sans faire une blessure, Ni faire un pas sans voir une àrae à la torture. Si fuyant ces malheurs je rentre en la maison. Ceux qui servent chez nous tombent en pâmoison. Ils cèdent aux rigueurs d'une flamme contminte. Et tremblent devant moi de respect et de crainte, Ils ne sauraient me voir sinon en m'adorant. Ni me dire un seul mot sinon en soupirant. Ils baissent aussitôt leur amoureuse bouche. Pour donner un baiser aux choses que je touche. Toutefois ma beauté les fait si bien ravir. Qu'ils s'estiment des rois dans l'heur de me servir. A table je redoute un breuvage de charmes ; Ou qu'un d'eux ne me donne à boire de ses larmes. Je crains que quelqu'amant n'ait avant son trépas Ordonné que son cœur servît à mes repas. Souvent sur ce penser en mangeant je frissonne: Croyant qu'on le déguise, et qu'on me l'assaisonne : Pour mettre dans mon sein par ce trait décevant. Au moins après la mort ce qu'il ne put vivant. Les amants sont bien fins au plus fort de leur rage, Et sont ingénieux mêmes à leur dommage. On dresse pour m'avoir cent pièges tous les jours. Mon père aussi me veille, et craint tous ces amours. Glorieux de m'avoir aux dieux il se compare, Et quelquefois ravi d'un miracle si rare. Doute s' '. me fit naître, ou si je vins des Gieux, Dans la maison sans cesse on a sur moi les yeux, Lui plein d'étonnement, mes sœurs pleines d'envie. Les autres pleins d'amour ; belle, mais triste vie 1 Une beauté si grande est-elle à désirer ? Mais j'aperçois mon père, il me faut retirer.